Eloquentia@HEC 2026 : six lycéens font entendre leur voix sur fond de mobilisation lycéenne
Le 6 octobre, six jeunes âgés de 15 à 18 ans se sont retrouvés sur la scène du Bataclan pour la 8e finale nationale d’Eloquentia@HEC. Alors que le mouvement lycéen prend de l’ampleur depuis la rentrée, ils ont démontré que lorsqu’on apprend à prendre la parole, on parvient à faire entendre sa voix. Au terme de la soirée, Zeïnabou Niaré, originaire de Jouy-le-Moutier, a remporté le titre de meilleure oratrice 2026.
« Le bonheur, produit de l’année ? », « C’est à moi que tu parles ? », « Faut-il se dépêcher de grandir ? » : voici les trois thématiques proposées aux finalistes de cette édition 2026 du concours national d’éloquence des lycéens organisé depuis 2018 par HEC Paris et Eloquentia.
Le 6 octobre 2026, près de 900 personnes étaient réunies au Bataclan pour écouter les prestations des six finalistes sélectionnés parmi les 80 participants au Summer Camp organisé en juillet sur le campus d’HEC Paris.
Face à eux, un jury composé de Bertrand Périer, avocat et formateur Eloquentia ; Marc-Aurèle Ravon, lauréat d’Eloquentia@HEC 2025 ; du rappeur Kemmler ; de l’actrice Juliette Tresanini ; et d’Inge Kerkloh-Devif, Directrice Exécutive Senior d’HEC Institute en charge de l’écosystème Innovation et Entrepreneuriat.
La soirée était animée avec beaucoup d’énergie et d’humour par Mélina Callou et Sofia Fataicha, toutes deux anciennes participantes d’Eloquentia.
En plein mouvement national de contestations des lycéens, plusieurs finalistes ont choisi de faire écho aux préoccupations de leur génération, avec esprit, subtilité et conviction.
Apprendre à prendre la parole, à structurer ses idées et à défendre ses convictions, mais aussi à écouter, questionner, débattre et dialoguer : l'ambition éducative Eloquentia@HEC et aussi citoyenne et elle prenait dans ce contexte toute sa dimension.
Une ambition qui a résonné dans les mots de Marc-Aurèle Ravon au moment de remettre, à l’issue de la soirée, le titre de meilleure oratrice 2026 à Zeïnabou Niaré : face à une jeunesse qui a des choses à dire, « parfois, il suffit juste de se taire sept minutes et d’écouter ce qu’elle a à dire ».
Et dans cet exercice imposé tous les candidats avaient un message fort à porter avec un point commun : le souhait d’une société plus humaine et ouverte, laissant la place à tous de grandir et s’épanouir.
Six finalistes, six parcours, six messages
Lisa : Le bonheur est-il devenu un produit de consommation ?
La première à se lancer sur scène, Lisa, 17 ans, vient du lycée Blaise-Pascal d’Orsay et a tout juste commencé une première année de droit à l’Université Paris-Panthéon-Assas.
Elle résume son expérience Eloquentia en trois verbes : « aider, déclamer, émanciper ».
Sa principale fierté : être sortie de sa bulle et avoir osé devenir la personne qu’elle voulait être. Pour ouvrir la finale, elle devait défendre l’affirmative à la question « Le bonheur, produit de l’année ? ». Elle a choisi d’interroger avec humour la marchandisation du bien-être, des applications de développement personnel aux promesses de bonheur « en promotion », pour mieux rappeler la valeur des petits bonheurs qui ne s’achètent pas.
Matys : Et si le bonheur était ce que l'argent ne peut pas acheter ?
Son contradicteur, Matys, 16 ans, a parcouru près de 9 000 kilomètres depuis l’île de La Réunion. Élève au lycée Mahatma-Gandhi de Saint-André, il vise Sciences Po après le bac.
Il décrit le Summer Camp comme « la meilleure expérience ever » et voyait la finale comme « un rêve à accomplir ».
Défendant la position négative, il est parti de la même question pour opposer le bonheur aux biens que nous achetons et défendre l’idée que ce qui compte se trouve davantage dans l’attention portée aux autres, les expériences vécues et les relations humaines.
Asma : Les mots des autres contribuent à construire qui nous sommes
Puis est venue Asma, 17 ans, élève de terminale générale au lycée Flora-Tristan de Noisy-le-Grand. Elle souhaite faire des études en relations internationales, en business ou en administration.
De son Summer Camp, elle retient trois mots : « rencontres, émotions, marquant ». Sa présence au Bataclan représente pour elle une persévérance récompensée, mais également un hommage aux femmes de sa famille qui n'ont pas toutes eu accès aux mêmes possibilités d'éducation.
À la question « C’est à moi que tu parles ? », elle a répondu oui, dans un discours où actualité, discriminations, famille et responsabilité individuelle se croisent autour d’une idée : les paroles que nous entendons contribuent à nous construire par la réponse que nous choisissons de leur apporter.
Zoé : Derrière les mots, le poids du regard des autres
Zoé, la benjamine de la finale, a 15 ans. Élève de première à Palaiseau, elle envisage de poursuivre des études dans le commerce ou l’ingénierie.
Elle qualifie le Summer Camp de rencontre « instructive » et « incroyable » et dit venir chercher au Bataclan à la fois un nouveau défi et le plaisir de parler sur scène.
Elle a répondu non à la même question, « C’est à moi que tu parles ? ». Pour elle, lorsque quelqu’un nous parle, il s’adresse toujours en partie au rôle qu’il nous attribue, enfant, élève, amie, concurrente, et à la perception qu’il s’est construite de nous. Une manière de questionner le regard porté par les adultes sur la jeunesse.
Stéphane : Grandir, c'est prendre conscience du monde pour mieux le changer
À 18 ans, Stéphane, élève en terminale STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion) en Seine-et-Marne, envisage une licence de droit ou des études dans l’audiovisuel.
Il présente sa qualification pour la finale comme l’occasion de « parler directement à sa jeunesse » et de montrer que l’on peut venir de banlieue et accéder à une finale nationale d’éloquence.
Chargé de défendre le oui à la question « Faut-il se dépêcher de grandir ? », il a relié le passage à l’âge adulte à la prise de conscience du monde et à la capacité d’agir. Son discours, très personnel dans sa dernière partie, s’est achevé sur un hommage vibrant à sa mère.
Zeïnabou : Pourquoi vouloir grandir trop vite ?
Dernière candidate à monter sur scène, Zeïnabou Niaré, 18 ans, originaire de Jouy-le-Moutier et est en première année de médecine. Elle garde du Summer Camp le souvenir d’une expérience « inoubliable, intense et enrichissante ». La finale représentait pour elle l’aboutissement de plusieurs semaines de travail. Sa plus grande fierté : avoir été jusqu’au bout de l’expérience, sans regret.
Elle a répondu non à la question « Faut-il se dépêcher de grandir ? ». En prenant pour fil conducteur les responsabilités que l’on associe au monde adulte, mais aussi la mémoire de l’enfance et le temps qui passe, elle a défendu l’idée que grandir n’était « pas une course, mais un marathon » et qu’il fallait savoir préserver les moments présents plutôt que vouloir atteindre trop vite l’étape suivante.
Le jury lui a décerné le premier prix de cette 8e édition. Matys a pris la deuxième place et Stéphane la troisième.
Gagner confiance grâce à l’éloquence
La finale du Bataclan constitue la dernière étape d’un programme de plus de six mois marqué par l’expérience forte du summer camp.
En juillet 2026, 79 lycéennes et lycéens venus de toute la France se s’étaient retrouvés pendant sept jours sur le campus d’HEC Paris. Ils y ont suivi des ateliers d’expression scénique, d’écriture créative, de rhétorique et de respiration, mais aussi des séances consacrées à l’orientation et aux études supérieures.
A travers l’art oratoire, le programme cherche à développer chez les lycéens la confiance en soi, l’écoute, l’empathie, la capacité à travailler avec les autres, à défendre une position ou encore à surmonter un échec. Après plusieurs étapes de sélection, 17 participants se sont retrouvés en demi-finale et six ont obtenu leur billet pour le Bataclan.
La promotion 2026 comptait 60 % de jeunes femmes. Environ 60 % des participants étaient par ailleurs boursiers ou issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville.
HEC x Eloquentia, une belle histoire née il y a huit ans
Eloquentia@HEC est né de la rencontre entre HEC Paris et Eloquentia, association créée en Seine-Saint-Denis pour faire de la prise de parole un outil d’émancipation.
Éloïc Peyrache, aujourd’hui Directeur général d’HEC Paris, a raconté au Bataclan comment le projet avait commencé après qu’il eut découvert À voix haute, le documentaire consacré à Eloquentia. Une rencontre avec Stéphane de Freitas, fondateur d’Eloquentia, puis quelques cafés plus tard, l’idée était née : accueillir des lycéens sur le campus d’HEC, leur proposer une formation intensive à la prise de parole et à l’orientation, organiser un concours et donner à quelques-uns d’entre eux la possibilité de monter sur une grande scène parisienne.
Huit éditions plus tard, plusieurs centaines de jeunes sont passés par le programme.
« À chaque fois, ça a été la confiance : j’ai pris confiance, j’ai osé parler devant d’autres, je n’ai plus peur du regard des autres », résumait Éloïc Peyrache en évoquant les témoignages des participants et fier que la devise d’HEC soit portée si haut par ces lycéens et lycéennes.