De l’écoanxiété au droit spatial : découvrez la nouvelle promotion de doctorants d’HEC
Les 14 nouveaux doctorants d’HEC s’intéressent à des sujets aussi variés que l’écoanxiété, les voitures moins polluantes, la tarification dynamique, les carrières universitaires ou le droit encadrant les activités privées dans l’espace. Leur arrivée coïncide avec la publication d’une étude récente consacrée aux principaux programmes doctoraux américains en économie, qui fait état d’un recul des recrutements dans le monde universitaire et d’une progression de ceux du secteur technologique.
Les points clés
- 14 étudiants ont rejoint le programme doctoral d’HEC Paris en septembre 2026, un effectif légèrement supérieur aux 10 à 12 étudiants habituellement accueillis chaque année.
- 10 possèdent déjà une solide expérience comme assistants de recherche ou chercheurs prédoctoraux, et plusieurs comptent à leur actif des publications ou des documents de travail.
- Leurs parcours professionnels couvrent le développement logiciel, le conseil, la finance, les institutions européennes, l’administration publique, les affaires publiques et le développement durable.
Aux États-Unis, les débouchés universitaires sont devenus moins fréquents pour les diplômés des programmes doctoraux des écoles de commerce. Une étude publiée en août 2026, portant sur l’ensemble des diplômés des 30 principaux programmes américains entre la fin des années 1990 et le début des années 2020, montre que la part de ceux qui ont pris un poste à l’université a culminé autour des deux tiers en 2009, avant de tomber à 52 % en 2021. Sur une période plus courte, la proportion de diplômés recrutés dans le secteur technologique est passée de 1,3 % en 2010 à 12 % au début des années 2020.
À HEC, la page publique consacrée aux débouchés des doctorants témoigne toutefois d’une orientation plus nettement universitaire pour les promotions récentes. Sur les 20 postes recensés, tous départements confondus, pour les années 2023-2024 à 2025-2026, 17 sont des postes de professeur assistant ou de chercheur postdoctoral. Deux relèvent du secteur privé et un correspond à un poste d’économiste chercheur à la Banque d’Angleterre. Ces chiffres donnent quelques repères à une nouvelle promotion qui entre sur un marché universitaire international tout en disposant de compétences recherchées bien au-delà.
Un avertissement et un clin d’œil
Lors de la journée d’accueil des 14 nouveaux doctorants d’HEC, le directeur général Eloïc Peyrache a commencé par un avertissement. « Vous traverserez des moments de doute au cours du long voyage dans lequel vous vous engagez. Mais cela en vaut la peine. Regardez les visages heureux de nos professeurs ici présents », a-t-il ajouté avec un clin d’œil. La suite de ses conseils était plus directe : « Apprenez à accepter les critiques, à dissocier votre ego de votre travail et à ne pas faire votre doctorat seuls. »
Andrea Masini, doyen du corps professoral et de la recherche, a apporté un autre éclairage : « Vous avez une chance incroyable. Pendant les prochaines années, vous pourrez vous consacrer exclusivement à la recherche sur des sujets susceptibles de changer le monde dans lequel nous vivons. » Comme l’a souligné Eloïc Peyrache, rares sont les périodes d’une carrière universitaire qui offrent autant de temps préservé des obligations habituelles d’enseignement.
Cette promotion est plus nombreuse que les 10 à 12 étudiants qu’HEC accueille habituellement chaque année. Pour la plupart, le cursus durera cinq ans : deux années de formation à la recherche, puis trois années consacrées à une thèse sur articles, à des conférences, à des séjours dans d’autres institutions et à la préparation des candidatures aux postes d’enseignant-chercheur.
Une petite promotion dans un système mondial
Les données de l’OCDE pour 2024 permettent de mesurer ce que représente un tel parcours. Dans les pays membres, seuls 1,2 % des adultes de 25 à 64 ans sont titulaires d’un doctorat. Plus d’un quart des doctorants sont des étudiants en mobilité internationale ou de nationalité étrangère. La nouvelle promotion d’HEC illustre cette mobilité, avec des parcours de formation et de recherche dans des universités et des organisations d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord.
Leurs trajectoires vers le doctorat reflètent aussi une tendance plus générale dans les écoles de commerce. Une enquête conjointe de l’AACSB et de l’EDAMBA, menée auprès de 429 étudiants dans 19 pays, indique que 62 % avaient travaillé en entreprise avant d’entamer leur doctorat, tandis que 30 % avaient occupé un poste au sein du personnel universitaire. Parmi les nouveaux doctorants d’HEC, 10 possèdent déjà une solide expérience comme assistants de recherche ou chercheurs prédoctoraux. Ils ont également travaillé dans des domaines aussi variés que le développement logiciel, le conseil, la finance, les affaires publiques, l’administration et les institutions européennes.
Choix, marchés et villes
Leonardo Bezzon présente sans doute le sujet de thèse le plus mémorable de la promotion : Les androïdes rêvent-ils de fonctions d’utilité ? Ce titre ouvre sur des recherches en théorie de la décision, sur l’aversion à l’ambiguïté et sur les fondements de l’utilité. Diplômé d’un MSc en sciences économiques et sociales de Bocconi, il a suivi une importante formation complémentaire en mathématiques et travaillé comme assistant de recherche auprès du professeur de finance Nicola Gennaioli, après une première expérience de recherche de terrain à l’IGIER.
Alexey Chuprakov s’intéresse lui aussi à la manière dont les individus prennent leurs décisions, à travers l’économie expérimentale et comportementale, l’économie de l’information, la théorie des jeux et l’économie industrielle. Son parcours associe le master en économie et finance d’HEC à des études à l’Université de Londres, sous la direction de la LSE et de HSE-ICEF. En dehors de l’université, il a travaillé avec la Bourse de Moscou, assuré des missions de coordination et d’interprétariat pour une délégation des BRICS et participé à l’évaluation des épreuves des olympiades de mathématiques et d’économie.
Alors que Bezzon et Chuprakov se penchent sur les décisions individuelles, Jules Comperatore s’intéresse aux entreprises et aux marchés. Il s’est formé à l’économie, à l’économétrie et à la science des données dans le cadre du MPhil en économie ENSAE–École polytechnique–HEC. Les cours qu’il a suivis et ses projets l’orientent vers l’économie industrielle, la concurrence, l’évaluation des politiques publiques, l’économie numérique et l’économie de l’environnement. Des stages chez Analysis Group et Allianz l’ont déjà amené à travailler sur le droit de la concurrence, la tarification, l’évaluation des politiques publiques et l’analyse appliquée des données.
Gabriele Licata et Iari Orlandi abordent des questions qui donnent à la géographie une autre dimension. Licata s’intéresse à la géographie de l’innovation, à la croissance, aux migrations et à la macroéconomie, en associant théorie et vastes jeux de données à l’échelle des comtés américains. Il est issu du MSc en économie à orientation recherche de l’EIEF-LUISS, où il a également été assistant de recherche. Il a aussi effectué des stages auprès de Confindustria Sicilia et de la Banque d’Italie.
Orlandi se spécialise en économétrie. Ses centres d’intérêt vont du consentement des consommateurs à payer pour des voitures moins polluantes au développement, à la finance, aux transformations structurelles et à la croissance urbaine. Titulaire d’un MSc de l’Université de Bologne, obtenu avec la note de 110/110 et les félicitations du jury, il a été chercheur prédoctoral à Bocconi et assistant de recherche à Bologne, où il a acquis de solides compétences en analyse géospatiale et en traitement des données.
Les algorithmes à l’épreuve du réel
Saman Nessari et Seyede Zahra SeyedFatehi ont tous deux un parcours en génie industriel et en optimisation des systèmes. Nessari, major de sa promotion de MSc à l’Université de Téhéran, s’intéresse à l’optimisation, à l’inférence causale, à l’apprentissage par renforcement et aux grands modèles de langage appliqués à la santé et à la gestion des opérations de service. Il a publié ou soumis des articles scientifiques, assuré des fonctions d’assistant d’enseignement et travaillé comme développeur logiciel chez Zarinpal et Denxa.
SeyedFatehi a étudié à Sharif après avoir terminé première de sa promotion en génie industriel à Amirkabir, où elle a également suivi une mineure en génie informatique. Ses travaux portent sur la programmation en nombres entiers, l’optimisation des tournées et l’ordonnancement, les algorithmes d’optimisation, la fouille de données et l’apprentissage automatique. Son expérience comprend l’enseignement, la recherche, le développement Android et des fonctions de développeuse pour Next, Tesco et le laboratoire de l’Université de Téhéran consacré à l’IA en entreprise.
Pour Kiarash Joolaei, les algorithmes rencontrent l’économie. Diplômé en génie informatique de Sharif, où il a suivi de nombreux enseignements de niveau master, il s’intéresse aux bandits multi-bras, à l’apprentissage en ligne, à la tarification dynamique, à l’optimisation robuste, à la théorie des jeux et à la conception de mécanismes. Il a effectué des stages de recherche à HKUST et à MBZUAI, été assistant de recherche au laboratoire de théorie des jeux de Téhéran et acquis une importante expérience comme assistant d’enseignement.
Climat, entreprises et institutions
Marthe Perchet et Philippine Sarre abordent la transition environnementale sous des angles différents. Perchet s’intéresse à l’écoanxiété, aux intentions d’avoir des enfants, aux comportements durables et à l’influence des réseaux sociaux sur les projets de vie. Son MSc en développement durable et innovation sociale à HEC a suivi un diplôme de Warwick en développement durable et gestion. Elle a travaillé sur la décarbonation et la responsabilité sociétale des entreprises auprès d’Orient Express, d’Ulule, de Greenly et de Publicis.
Sarre étudie les informations inhabituelles publiées dans les rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance établis dans le cadre de la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises, la CSRD. Elle s’intéresse plus largement au reporting ESG, à la finance durable et à la transition. Après un Global BBA à l’ESSEC, elle a obtenu un master en croissance verte et développement durable à KAIST. Elle a travaillé dans le conseil en RSE, la stratégie et la gestion de portefeuille.
La transition soulève également des questions juridiques. Francesco Simon Artibani s’intéresse au droit européen de l’environnement, aux politiques climatiques et énergétiques, à l’État de droit, à la corruption, au trafic de déchets et à la politique industrielle verte. Diplômé du Collège d’Europe et titulaire d’un diplôme de droit de la LUISS, il a travaillé dans les affaires publiques européennes, contribué à un audit sur l’énergie et le climat à la Cour des comptes européenne et acquis une expérience juridique auprès de Legambiente.
Valerija Ruta Hartmane étend le champ juridique à l’espace. Ses centres d’intérêt comprennent le droit spatial, le droit international public, l’arbitrage, le droit du numérique et la gouvernance. Son mémoire portait sur la responsabilité des États dans les activités spatiales privées. Elle a exercé comme juriste au ministère letton de la Justice et comme conseil en arbitrage, et mené des recherches pour de hauts magistrats européens et la Commission européenne.
Carrières, organisations et liens politiques
Annalisa Avigliano étudie le genre, la familiarité et les carrières universitaires, ainsi que les discriminations, le bien-être psychosocial, la masculinité, les pratiques de gestion des ressources humaines et la mobilité professionnelle. Elle s’est spécialisée dans le changement organisationnel et le conseil durant son MSc en management à Bocconi, avant de travailler comme chercheuse prédoctorale à Bocconi et assistante de recherche à la London Business School.
Yuyang Liu, de son côté, s’intéresse aux organisations à travers les stratégies hors marché, internationales et comportementales, notamment les affinités politiques, les réseaux d’approvisionnement, l’innovation des entreprises et les méthodes d’inférence causale. Titulaire d’un master de l’Université de Tongji et lauréat de la bourse nationale chinoise, décernée aux 0,2 % des étudiants les mieux classés, il arrive avec deux publications, plusieurs documents de travail et une expérience de vastes jeux de données constitués à l’aide de grands modèles de langage.
Le travail derrière les questions
Les sujets sont aussi variés que les parcours des étudiants, mais les discours prononcés lors de la journée d’accueil du 8 septembre revenaient sur un même principe de recherche : choisir une question, la mettre honnêtement à l’épreuve et apprendre des critiques. Le physicien Richard Feynman avait formulé cette exigence sans détour lors de son discours de remise des diplômes à Caltech en 1974 : « Le premier principe est de ne pas se leurrer soi-même. » Eloïc Peyrache en a tiré un conseil pour les années à venir : « Vous devez apprendre à accueillir les critiques, même si elles peuvent parfois sembler dures et vous blesser. Dissociez votre ego de votre travail. Cela fait partie de l’apprentissage. »
La récente étude sur les débouchés des doctorats américains en économie donne à ce conseil une dimension professionnelle. Les candidats dont les directeurs de thèse disposaient de réseaux universitaires plus solides avaient davantage de chances d’obtenir un poste dans les meilleurs établissements, même après prise en compte du prestige de leur directeur. Cette corrélation ne signifie pas que les réseaux se substituent à la qualité de la recherche. Elle montre néanmoins pourquoi les séminaires, les séjours de recherche et les échanges réguliers avec les professeurs et les autres chercheurs comptent pour une carrière universitaire comme pour la recherche elle-même.
Le discours de Feynman sur l’intégrité scientifique aide aussi à comprendre l’importance de la critique. Vu de l’extérieur, le doctorat peut sembler solitaire. Il repose pourtant sur des séminaires, des coauteurs, des directeurs de thèse et des pairs disposés à remettre un résultat en question. « Ne faites pas votre doctorat seuls », a insisté Eloïc Peyrache auprès de la promotion. « Tissez des liens entre vous et avec les doctorants des années précédentes, car, reconnaissons-le, ce parcours peut aussi être solitaire. »
Andrea Masini a résumé ses conseils en deux tâches : définir une stratégie, puis poser les bonnes questions. Les professeurs accompagneront les doctorants durant les premières années, a-t-il expliqué, mais l’autonomie fait partie du doctorat. « Les dernières années, vous devrez avancer par vous-mêmes. Il y aura des moments difficiles. Mais nos portes restent toujours ouvertes. » Pour ces 14 étudiants, qui arrivent avec de solides compétences méthodologiques, de l’expérience et une longue liste de centres d’intérêt, l’étape suivante consiste à déterminer quelles questions résisteront à cette mise à l’épreuve.