Après l’admission, HEC Paris invite ses étudiants à repenser la réussite
Près de 1 450 nouveaux étudiants de la Grande École et des programmes de master ont fait leur rentrée à HEC Paris en septembre 2026. Dans leurs discours d’accueil, les responsables de l’École ont présenté le projet pédagogique qui les accompagnera, mais surtout l’exigence qui leur est adressée : faire évoluer leur rapport à la réussite et mettre leur ambition au service des autres.
« HEC n’est pas une case à cocher sur un itinéraire prestigieux. C’est une rampe de lancement », avait lancé Eloïc Peyrache, directeur général et doyen d’HEC Paris, quelques jours plus tôt devant les nouveaux étudiants.
Qu’ils figurent parmi les 389 étudiants issus des classes préparatoires admis au programme Grande École en 2026 ou parmi les 1 054 étudiants internationaux qui rejoignent les programmes de masters (Master in Management, Mastères Spécialisés et MSc), tous ont franchi une étape majeure de leur parcours académique, au terme d’un processus d’admission très sélectif, fruit d’un travail exigeant et d’une grande persévérance.
Pourtant, toutes les prises de parole de cette rentrée, celles du doyen, de la doyenne associée des programmes Pré-Expérience, Anne Michaut, ou encore du directeur académique des années L3 et M1, Matteo Winkler ont porté un même message : cette première réussite n’est pas un aboutissement, mais un point de départ. Elle ouvre un chemin qu’ils devront eux-mêmes tracer, avec un grand sens de la responsabilité envers eux-mêmes et les autres.
Ces prises de parole, qui ont guidé leurs premiers pas sur le campus, leur ont fait découvrir une conception de la pédagogie qui ne s’arrête ni aux cours ni à l’obtention d’un diplôme.
À HEC Paris, leur parcours doit les amener à mieux se connaître pour choisir leur voie, à comprendre le monde avant d’agir et, plus profondément, à redéfinir ce que signifie réussir.
Dépasser la seule performance académique
Pour nombre de ces nouveaux étudiants, l’admission à HEC Paris vient conclure plusieurs années marquées par un objectif unique, un rythme de travail intense et une forte culture de la performance individuelle. La rentrée ouvre une nouvelle période, dans laquelle l’exigence demeure mais change progressivement de finalité.
L’excellence, l’une des cinq valeurs d’HEC Paris, n’est pas présentée comme la volonté de surpasser les autres. Elle désigne d’abord une exigence envers soi-même et la capacité à dépasser ses propres limites au service d’un idéal, d’un rêve et du bien commun.
Anne Michaut a ainsi invité les étudiants à ne pas mesurer leur parcours uniquement à leurs notes. « Je voudrais que vous alliez au-delà de la performance académique », leur a-t-elle expliqué, en les encourageant à se demander ce que leurs apprentissages leur permettront réellement d’accomplir : « Qu’est-ce qui va me permettre d’avoir de l’impact ? Qu’est-ce qui va me permettre de faire ce que j’ai vraiment envie de faire ? »
Ce changement de perspective ne signifie pas renoncer à l’ambition. Il consiste à l’élargir : apprendre pour développer ses capacités, mais aussi pour savoir au service de quoi et de qui les mobiliser.
Comprendre le monde avant d’agir
La première année du programme Grande école est conçue comme une année d’ouverture. Avant d’entrer plus profondément dans les sciences de gestion, les étudiants sont exposés à des disciplines et à des regards différents pour mieux saisir les transformations économiques, technologiques, sociales et environnementales qui traversent le monde contemporain, avec le « parcours engagement ».
Cette pluridisciplinarité repose sur le contact avec des professeurs qui sont également des chercheurs et des experts dans de nombreux domaines. Elle doit permettre aux étudiants d’acquérir des connaissances solides, mais surtout d’apprendre à relier les savoirs, à interroger les évidences et à construire leur propre jugement. « Il faut réfléchir à ce qui se passe dans le monde avant d’agir », a résumé Anne Michaut.
Ne déléguez pas l’effort intellectuel à l’IA
À l’heure où l’intelligence artificielle peut produire une réponse ou accomplir une tâche en quelques secondes, cette autonomie intellectuelle devient encore plus décisive.
Reprenant une comparaison utilisée lors de la rentrée, Anne Michaut a rappelé que l’on ne va pas à la salle de sport en demandant à l’IA de faire les exercices à sa place. Il en va de même pour l’apprentissage : « On entraîne notre cerveau à réfléchir, à penser et à prendre les bonnes décisions, comme on entraîne notre corps. »
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir utiliser les nouveaux outils, mais de ne pas leur déléguer l’effort par lequel se forment l’esprit critique, le discernement et la capacité de décision. Les règles relatives à l’usage de l’IA, à la qualité du travail académique ou à l’intégrité ne sont pas de simples contraintes : elles participent pleinement de cette formation du jugement.
Le campus comme lieu d’apprentissage collectif
Cette pédagogie se déploie également en dehors des salles de cours. « HEC est une communauté avant d’être une école », a rappelé Matteo Winkler en présentant aux étudiants les valeurs qui doivent guider leur parcours : curiosité, excellence, diversité, responsabilité et esprit entrepreneurial.
Sur un campus qui réunit 135 nationalités et plus de 150 clubs et associations, la diversité ne constitue pas seulement une caractéristique de la population étudiante. Elle est une expérience pédagogique quotidienne. Vivre, travailler et mener des projets avec des personnes dont les parcours, les cultures et les convictions diffèrent oblige chacun à écouter, à expliquer ses choix, à reconsidérer ses certitudes et à trouver les conditions d’une action commune.
C’est en ce sens qu’HEC Paris ambitionne d’être un « laboratoire vivant de l’inclusion ». L’École ne demande pas seulement aux étudiants de respecter un cadre collectif, mais de contribuer activement à la qualité de la communauté qu’ils rejoignent. « Le campus est votre maison », leur a indiqué Matteo Winkler. Le respect, l’assiduité, la ponctualité et l’attention portée aux autres deviennent alors les conditions d’une vie partagée autant que les premiers apprentissages d’une posture professionnelle.
La responsabilité commence dans ces interactions ordinaires. Elle suppose de ne pas envisager une relation, un projet ou une opportunité à partir de son seul intérêt. Anne Michaut l’a formulé très directement : lorsqu’ils contactent une personne, les étudiants doivent le faire « avec autant d’intérêt pour elle que pour eux », car « la vie ne fonctionne jamais de façon asymétrique ».
Explorer pour construire un parcours singulier
Le programme Grande École organise cette transformation dans le temps. La L3 ouvre les horizons grâce aux cours fondamentaux, aux électifs, aux Great Challenges et au parcours d’engagement. Le M1 approfondit les sciences de gestion et multiplie les expériences de terrain. L’année de césure permet d’explorer plusieurs environnements professionnels avant la spécialisation de M2.
À chaque étape, la diversité des cours, des projets, des associations, des rencontres et des expériences offre aux étudiants la possibilité de tester leurs intérêts et leurs aptitudes. Mais cette abondance les confronte aussi à un nouvel apprentissage : choisir. « Vos journées feront toujours 24 heures, même après la prépa », leur a rappelé Anne Michaut. Son conseil : ne pas accumuler les engagements, mais sélectionner ceux qui comptent vraiment et les mener jusqu’au bout.
Ces choix doivent progressivement permettre à chacun de découvrir ce qui le distingue. L’objectif n’est pas que les étudiants sortent d’un même moule, mais qu’ils sachent articuler la formation commune reçue à HEC avec des compétences, des expériences et des convictions qui leur sont propres. Leur projet peut évoluer au fil des années et cette possibilité de changer de direction fait précisément partie du parcours.
« HEC ne vous ouvre pas automatiquement toutes les portes, vous seuls pouvez décider lesquelles ouvrir », a conclu Anne Michaut. L’autonomie attendue des étudiants commence là : dans la curiosité d’explorer, la responsabilité de choisir et la capacité à transformer les possibilités offertes en un parcours qui ait du sens.
Le changement auquel les invite leur parcours sur le campus ou lors de leurs échanges dans des universités à l’étranger consiste à apprendre à inscrire l’excellence et l’ambition dans une communauté et à les orienter vers une contribution qui dépasse la seule réussite individuelle.