Charleen Case nommée parmi les 40 meilleurs professeurs de MBA de moins de 40 ans au monde
Cette distinction met en lumière une chercheuse dont les travaux, à la croisée du comportement organisationnel, de la psychologie sociale et des sciences de l'évolution, examinent la manière dont les individus composent avec la hiérarchie, le leadership, le mentorat et les relations au travail.
Charleen Case, professeure assistante au département Management et Ressources humaines d'HEC Paris, a été sélectionnée pour figurer dans le palmarès 2026 de Poets&Quants des 40 meilleurs professeurs de MBA de moins de 40 ans au monde. Ses recherches portent sur la façon dont les motivations humaines fondamentales : le statut, l'affiliation et le soin porté aux proches, façonnent les comportements dans des environnements de travail structurés par la hiérarchie. Ses travaux s'interrogent sur la manière dont les individus acquièrent et conservent un statut, exercent leur influence, investissent dans leurs relations et tissent des liens par-delà les différences de rang. Autant de questions particulièrement actuelles, alors que les organisations affrontent de nouvelles formes de disruption technologique, une évolution des attentes en matière de leadership et le risque de voir le lien humain au travail relégué au second plan.
« À mesure que l'IA redéfinit la manière dont le travail s'accomplit, affirme Charleen Case dans son échange avec la journaliste de P&Q Kristy Bleizeffer, les dimensions relationnelles et interpersonnelles de la vie organisationnelle risquent d'être négligées au moment précis où elles comptent le plus. » Les entreprises, insiste-t-elle, doivent mieux « investir dans un lien humain authentique ».
Son axe de recherche actuel explore les ressorts motivationnels du mentorat. Si le mentorat est largement considéré comme une relation de travail essentielle, Charleen Case l'aborde sous l'angle plus précis de la hiérarchie : pourquoi des personnes occupant une position élevée consacrent-elles du temps, du soutien et de l'énergie émotionnelle à des collègues plus juniors, souvent sans garantie de retour ? Ses travaux suggèrent que le mentorat peut activer des mécanismes psychologiques associés au fait de prendre soin, de protéger et d'investir dans un être en développement et dépendant. Selon ses propres termes, le mentorat n'est « pas un simple échange réciproque », mais une relation susceptible de mobiliser une architecture motivationnelle liée au soin de long terme et à l'investissement dans le développement d'autrui.
Un parcours sinueux vers le monde académique
Le chemin qui l'a menée à cet agenda de recherche n'a rien eu de linéaire. Charleen Case qualifie son itinéraire vers l'enseignement en école de commerce de « sinueux », ajoutant qu'à bien des égards, « c'est la business school qui m'a choisie ». Première de sa famille à accéder à l'enseignement supérieur et issue d'un milieu plus modeste que beaucoup de ses camarades, elle dit avoir très tôt perçu les dynamiques hiérarchiques. Elle s'est ainsi intéressée aux « pourquoi et aux comment de la navigation du statut social : les rouages de la compétition, de la coopération et de la formation des coalitions ».
Cette curiosité l'a conduite à parcourir un vaste paysage intellectuel. Elle a étudié la psychologie et l'anthropologie à l'université de Miami, dans l'Ohio, mené des travaux de terrain en primatologie en Amazonie, conduit des recherches en laboratoire en neuroanatomie comparée, avant d'achever son doctorat en psychologie sociale à Florida State University. Pendant sa thèse, elle a également été chercheuse invitée à la Kellogg School of Management de Northwestern University. C'est là, dit-elle, qu'elle a réalisé que les questions qui lui tenaient le plus à cœur étaient aussi au centre de la vie organisationnelle.
Avant de rejoindre HEC, Charleen Case était Assistant Professor of Management and Organizations à la Ross School of Business de l'université du Michigan, où elle enseignait le développement du leadership dans le programme MBA et coordonnait un cours fondamental de licence en théorie comportementale du management. Ses travaux ont été publiés dans de grandes revues académiques, parmi lesquelles le Journal of Personality and Social Psychology et Advances in Experimental Social Psychology, et repris par The New York Times, The Wall Street Journal, The Boston Globe, Harvard Business Review, Glamour et Psychology Today.
Allier rigueur et humanité
Depuis son arrivée à HEC en 2025, Charleen Case enseigne le comportement organisationnel dans le programme Grande École, contribue à des programmes de leadership sur mesure en Executive Education et assure la coordination doctorale du département Management et Ressources humaines. Elle est également Faculty Affiliate du NAOS Lab for Leadership, l'initiative d'HEC Paris consacrée aux fondements humains du leadership à l'ère de l'intelligence artificielle et de la complexité.
Son enseignement reflète le même mélange de rigueur et d'humanité que ses recherches. Interrogée sur ce qui la distingue, elle estime que ses étudiants seraient les mieux placés pour répondre. Elle avance tout de même une hypothèse, avec modestie : « Sans doute une combinaison de mon parcours atypique, de mon enthousiasme sincère à discuter d'idées et du soin que je mets à connaître mes étudiants en tant que personnes. » Et d'ajouter : « Je me soucie profondément d'eux et de leur avenir, et je crois, j'espère, que cela se voit. »
Cette chaleur n'a rien de laxiste. Comment ses étudiants décriraient-ils sa notation ? La réponse est sans détour : « Juste, mais peut-être plus sévère qu'ils ne l'imaginaient. » Elle poursuit : « Je crois que ma chaleur en cours amène certains à supposer que la notation sera tout aussi indulgente. Elle ne l'est pas. Je prends la notation au sérieux précisément parce que je prends mes étudiants au sérieux. »
Elle se montre tout aussi franche sur la difficulté d'enseigner le comportement organisationnel à des étudiants venus avant tout pour la finance ou le conseil. Le défi, explique-t-elle, consiste à susciter un engagement authentique suffisamment tôt pour que la matière compte, avant que ne s'enchaînent stages, entretiens et premiers choix de carrière. La récompense vient plus tard, lorsque d'anciens étudiants reviennent lui dire qu'un cadre théorique vu en cours les a aidés à gérer un collègue difficile, à faire adopter un projet en interne ou à obtenir une promotion.
Être profondément humain
Son propre modèle de professeur remonte à Scott Suarez, qui lui a enseigné l'anthropologie biologique, l'écologie comportementale des primates et le cours de fin de cursus à l'université de Miami. Elle se souvient d'un homme « brillant, délicieusement excentrique », doté d'« un humour pince-sans-rire qui récompensait l'attention soutenue ». Plus important encore, dit-elle, il était « profondément humain ». Il ne jouait pas une version aseptisée du rôle de professeur, et cette authenticité le rendait digne de confiance. « C'est le professeur que j'essaie de devenir. »
Cette même note humaine traverse ses réflexions sur l'école de commerce de demain. Elle aimerait y voir davantage d'interdisciplinarité, car « les questions les plus intéressantes de la vie organisationnelle respectent rarement les frontières disciplinaires ». Une remarque qui sied bien à une chercheuse dont les travaux circulent de l'anthropologie et de la psychologie au leadership, au mentorat et à la hiérarchie sociale, sans jamais perdre de vue les personnes qui peuplent les organisations.
Et si elle n'était pas professeure en école de commerce ? « Je serais romancière. Sans hésiter », répond-elle. Elle adore « la construction de personnages et d'univers », en particulier les récits nourris de folklore, de mondes cachés et de règles sociales étranges. Vient ensuite la mise en garde pragmatique : « Arriver à en vivre est une tout autre question, alors je garderais volontiers un emploi alimentaire dans un muséum d'histoire naturelle. »
Cette réponse en dit long sur Charlie Case : rigoureuse, imaginative, lucide et discrètement drôle. Elle explique aussi pourquoi cette reconnaissance par Poets&Quants tombe si juste. Ses travaux interrogent la façon dont les individus vivent avec la hiérarchie, dont ils prennent soin les uns des autres à travers elle, et dont les dirigeants peuvent y rester humains. À HEC Paris, ces questions irriguent désormais la salle de cours, l'agenda de recherche et l'avenir de la formation au leadership.
En savoir plus
Il s'agit de la 14e édition de ce classement annuel de P&Q, dont l'objectif affiché est d'« identifier et de célébrer les jeunes professeurs les plus talentueux enseignant aujourd'hui dans les programmes MBA et de master en management à travers le monde ». À ce jour, la publication a distingué 560 professeurs d'exception. Les lauréats de cette année proviennent de 39 business schools différentes, dont 14 situées hors des États-Unis. Au total, P&Q a reçu plus de 1 700 nominations émanant d'étudiants, de collègues, de responsables administratifs et de professeurs eux-mêmes. Sa rédaction a évalué chaque candidat sur l'enseignement (pondéré à 70 %) et la recherche (30 %).