Face à la prolifération des conflits, quelles responsabilités pour les entreprises ?
À l’occasion de la Journée internationale de la paix, HEC Paris et la Croix-Rouge française ont réuni chercheurs, experts et dirigeantes d’entreprise le lundi 21 septembre 2026, chez HEC Alumni, pour explorer les responsabilités des entreprises face aux conflits armés. Coorganisée avec le Club Géostratégie d’HEC Alumni, cette conférence visait à éclairer les enjeux du droit international humanitaire et les moyens d’anticiper les risques.
En février 2024, HEC Paris et la Croix-Rouge Française signaient un partenariat avec pour objectif de croiser innovation pédagogique et enjeux sociaux et humanitaires. Dans un monde percuté par un nombre croissants de conflits, les deux institutions affirmaient ainsi leur volonté de renforcer la formation, la recherche-action et l’insertion professionnelle dans des secteurs comme la solidarité ou l’économie inclusive.
Les partenaires se sont retrouvés deux ans plus tard, à l’occasion de la journée internationale de la Paix, pour une conférence conjointe intitulée Conflit armé : l’entreprise sur tous les fronts. Coorganisée avec le Club Géostratégie de HEC Alumni, la soirée a permis de réunir différentes perspectives pour disséquer le rôle et la responsabilité des entreprises lors de situations de conflit.
Un partenariat au service de la cohésion sociale et de la paix
Eloïc Peyrache (Dirécteur Général, HEC Paris) a ouvert la soirée aux côtés de Claude Girardi (vice-président de la Croix-Rouge française) soulignant les fortes synergies entre HEC et l’association d’aide humanitaire et insistant sur l’importance de cette collaboration face à la nouvelle donne géostratégique. Dans un contexte d’internationalisation croissante du campus, il a mis en lumière les différents efforts pris par l’école pour s’engager pour la cohésion sociale et la paix : nouveaux enseignements, bourses pour les étudiants originaires de pays en conflits, appui à l’entrepreneuriat social.
En écho, Claude Girardi a rappelé le compromis historique du mouvement international de la Croix-Rouge, né en 1859 suite à la bataille de Solférino et engagé depuis plus de 160 ans dans l’atténuation des conséquences humaines des conflits armés. Durant cette période la Croix-Rouge a activement participé à l’émergence du Droit International Humanitaire (DIH) qu’elle contribue à diffuser largement, notamment à destination des acteurs économiques.
« La Croix-Rouge française entend accompagner les entreprises pour comprendre les exigences du DIH, identifier leurs responsabilités et mieux maitriser les risques qui sont liés à leur activités dans les contextes de conflits armés ».
Comprendre les responsabilités des entreprises et repenser leurs stratégies
Une table ronde a ensuite dressé un regard pluridisciplinaire sur la thématique de la soirée. Sous la conduite de Cheikh Siby, formateur et membre du Club Géostratégie d’HEC Alumni, quatre panellistes se sont succédés. Rana Kharouf enseignante et formatrice en DIH a rappelé les grands principes de ce dernier : distinction, proportionnalité et précaution. Elle a ensuite montré comment la responsabilité des entreprises en zone de conflit se décline, revenant sur des jalons importants comme l’adoption du Document de Montreux en 2008 ou l’affaire Lafarge en Syrie.
Le professeur de stratégie Olivier Chatain a centré son intervention sur la nécessaire adaptation des dirigeants face à la multiplication des crises et des « zones grises », ces situations de conflictualités en dehors des conflits armés traditionnels. Il a insisté sur la nécessité de se doter d’une doctrine géostratégique, notamment en Europe, après plusieurs décennies sans conflits majeurs.
Du grand groupe à la PME, anticiper les risques et agir sur le terrain
Dans cette rencontre consacrée aux entreprises, la présence de deux invitées issues du secteur privé était bienvenue. Marion Dupuy, responsable de la fondation CMA-CGM, a détaillé l’action d’une grande entreprise comme la sienne face aux déséquilibres mondiaux. Dans le secteur du transport maritime, l’analyse des risques joue un rôle prépondérant. Au-delà de la sécurisation des collaborateurs et des actifs du groupe, elle a rappelé comment l’entreprise peut s’engager au travers de sa politique RSE en mettant son savoir-faire à disposition des acteurs humanitaires comme le Comité international de la Croix-Rouge.
Pour compléter les interventions, Fatoumata Diop Lo a offert le regard d’une dirigeante de PME. Fondatrice et dirigeante d’une structure opérant à cheval entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire, elle a montré comment les acteurs de terrain, notamment en Afrique subsaharienne, appréhende le risque au quotidien. En l’absence d’équipes dédiées, des entreprises comme la sienne doivent faire preuve d’anticipation et considérer ces risques *a priori *:
« Une cheffe d’entreprise comme moi [doit] être à l’écoute de son environnement […] et cartographier quelles sont nos vulnérabilités. »
Au travers des différents témoignages, quelques lignes fortes sont ressorties. La résilience des acteurs économiques passera nécessairement par une évolution des pratiques et, en miroir, de la formation initiale et continue des décideurs. La recherche scientifique doit également continuer à explorer les différents « fronts » ouverts par l’accélération et la complexification des conflits, afin de fournir des référence solides pour accompagner l’adaptation des stratégies. Enfin, les passerelles interdisciplinaires à l’instar du partenariat entre HEC et la Croix-Rouge ont vocation à se développer, aucun acteur n’étant capable de répondre de façon isolée aux nouveaux défis posés par la guerre.