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Face au choc énergétique, les Français ne voient aucun responsable politique à la hauteur des défis Face au choc énergétique, les Français ne voient aucun responsable politique à la hauteur des défis

49 % des Français estiment qu’aucune personnalité politique actuelle ne comprend les enjeux énergétiques. Un chiffre inquiétant dans le contexte d’urgence climatique et de hausse des prix de l’énergie.

Face au choc énergétique, les Français ne voient aucun responsable politique à la hauteur des défis - Baromètre des Décideurs Viavoice - HEC Paris - BFM Business - L’Express - juillet 2026 - c HEC Paris - image générée avec ChatGPT

Alors que l’été 2026 cumule records de chaleur et que les tensions sur les marchés pétroliers persistent depuis la guerre en Iran, l’énergie s’impose déjà comme un thème structurant de la présidentielle de 2027. Le dernier Baromètre des Décideurs Viavoice - HEC Paris - BFM Business - L’Express révèle pourtant un préoccupant déficit de confiance des Français envers la classe politique pour comprendre et relever ces défis. Interrogés sur les choix énergétiques d’avenir, le grand public et les décideurs choisissent la voie des énergies renouvelables, sans abandonner le nucléaire, et se montrent pragmatiques sur des sujets clivants comme la climatisation. 

Canicules, prix du pétrole: l’été 2026, celui de tous les avertissements

Canicules, sécheresses, incendies, l’été 2026 est marqué par une succession de records, faisant de l’adaptation au changement climatique et de la politique énergétique des enjeux immédiats autant que de long terme.

En France, juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais mesuré depuis 1900, avec une température moyenne de 24,9 °C, soit 3,8 °C au-dessus de la normale. Il a succédé au mois de juin le plus chaud jamais enregistré, marqué par une vague de chaleur de quatorze jours dont l’intensité a dépassé celle d’août 2003. Et la troisième vague de chaleur de l’été, commencée le 28 juillet, se faisait encore sentir à la mi-août.

La sécheresse accompagne ces températures exceptionnelles. Un quart des moyens et petits cours d'eau sont déjà à sec, une situation inédite depuis le début des observations en 2012.

Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. En Europe occidentale, la période juin-juillet a été la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne sur les terres de 21,62 °C, supérieure de 2,79 °C à la moyenne 1991-2020.

Dans le même temps, les effets du choc énergétique du printemps 2026 consécutif au déclenchement du conflit au Proche-Orient, qui a entraîné une hausse du prix du pétrole de plus de 60 % en euros en mai 2026 par rapport à la fin 2025 (Insee), se font encore ressentir malgré l’accord entre les États-Unis et l’Iran au mois de juin. L’Agence internationale de l’énergie relève que les cours de référence ont atteint jusqu’à 105 dollars le baril le 23 juillet, avant de refluer, dans un marché toujours extrêmement volatil en raison des fermetures persistantes du détroit d’Ormuz.

C’est dans ce contexte que Viavoice a interrogé pour HEC Paris, BFM Business et L'Express les Français sur les choix énergétiques à venir.

Un vide politique sur l’énergie

À la question « parmi ces personnalités politiques, laquelle semble comprendre le mieux les enjeux énergétiques ? », 49 % des Français répondent : aucune. Le chiffre est strictement identique chez les décideurs et chez le grand public.

Le sondage ne mesure pas la capacité réelle de ces responsables à résoudre la crise énergétique, mais leur crédibilité perçue pour en comprendre les ressorts. Sous cet angle, le verdict est sévère à quelques mois de l’élection présidentielle avec un rejet de l’ensemble de l’offre proposée.

Qui comprend le mieux les enjeux énergétiques Parmi ces personnalités politiques? Baromètre des décideurs Viavoice HEC Paris - Juillet 2026

Le président du RN jugé plus compétent que la cheffe de file des écologistes pour traiter de la question énergétique

Chez le grand public, Jordan Bardella arrive nettement en tête des personnalités citées, avec 18 %, devant Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe, tous deux à 7 %. Tandis que Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes et candidate à la présidentielle 2027, n’obtient que 6 %, soit trois fois moins que le président du Rassemblement national.
Le classement est différent chez les décideurs : Édouard Philippe arrive en tête avec 13 %, devant Marine Tondelier à 10 % et Jordan Bardella à 8 %. Les préférences partisanes divergent, mais le diagnostic de défiance est partagé.

Ce résultat prend d’autant plus de relief que les Français, eux, expriment des orientations relativement nettes sur ce qu’il faudrait faire.

Les Français choisissent les énergies renouvelables avant le nucléaire

Interrogés sur la source d’énergie dans laquelle la France devrait investir en priorité, décideurs et grand public placent en tête les énergies renouvelables (avec 46 % chez les décideurs et 45 % dans l’ensemble de la population). Près de dix points de plus que le nucléaire qui suit, avec respectivement 37 % et 34 %. Très loin derrière viennent l’hydrogène, à 7 % et 8 %, puis le gaz, cité par seulement 3 % des deux échantillons.

Avec les tensions sur les hydrocarbures qui posent avec plus d’acuité la question de la souveraineté énergétique, les deux premières réponses sont deux sources d’énergie largement domestiques dans leur logique de production.

La préférence marquée pour le nucléaire n’évacue toutefois pas la question de son adaptation au changement climatique en plus de la question des déchets. Le 12 août, plus d’un cinquième de la puissance du parc nucléaire français était indisponible pour des motifs environnementaux, un niveau record. Les causes étaient multiples : chaleur et faibles débits des fleuves ont conduit à arrêter ou limiter plusieurs réacteurs, tandis qu’un afflux massif de méduses a perturbé la centrale de Gravelines.

L’épisode rappelle que la politique énergétique devra répondre simultanément à deux impératifs : décarboner la production et adapter les infrastructures elles-mêmes à un climat plus chaud.

Dans quelle source d’énergie la France doit-elle investir en priorité ? Baromètre décideurs Viavoice HEC Paris - juillet 2026

Les prix de l’énergie s’installent dans la présidentielle

Pour 65 % des décideurs, les prix de l’énergie doivent être un sujet prioritaire lors de la prochaine présidentielle ; 23 % supplémentaires les considèrent comme un sujet important parmi d’autres. Soit 88 % au total.

Dans le grand public, la demande est même plus forte : 62 % en font un sujet prioritaire et 30 % un sujet important, soit 92 % des Français. Seuls 5 % considèrent la question comme secondaire.

Les résultats du baromètre suggèrent que l’énergie n’est pas seulement perçue comme un dossier environnemental ou géopolitique, elle touche directement au pouvoir d’achat, aux transports, à la compétitivité des entreprises et à la souveraineté. C’est précisément ce caractère transversal qui rend le vide politique observé par ailleurs si problématique.

Clmatisation : le choix du « compromis acceptable »

Avec les sévères épisodes de canicule, le sujet de la climatisation a cristallisé les débats quant aux solutions d'adaptation durables. 

D'un côté, elle permet de protéger les personnes âgées, malades, les jeunes enfants, les salariés exposés et les habitants de logements qui deviennent invivables. De l'autre côté, la climatisation augmente la demande en électricité et les appareils rejettent de la chaleur à l’extérieur, contribuant à renforcer localement la surchauffe urbaine. 

Si elle représente une réponse à une urgence sanitaire, elle peut aussi apparaître comme contradictoire avec les objectifs de sobriété énergétique. L’Ademe recommande ainsi d’inscrire son utilisation dans une stratégie plus large, privilégiant aussi la rénovation des bâtiments, les protections solaires et les solutions passives de rafraîchissement.

Elle pose également une question sociale : qui a accès au frais ? Ceux qui vivent dans des quartiers très denses, peu végétalisés, dans de petits logements ou sous les toits, et qui n’ont ni volets efficaces ni moyens de payer un équipement, sont les plus exposés. Une politique centrée uniquement sur l’achat individuel de climatiseurs risque de creuser les écarts entre maisons et appartements, quartiers arborés et très urbanisés.

Dans ce contexte, 56 % des décideurs et 49 % des Français considèrent la climatisation comme un « compromis acceptable » plutôt qu’un « désastre écologique », réponse choisie par 26 % des décideurs et 24 % du grand public.

Ces chiffres ne doivent cependant pas être interprétés comme une adhésion sans réserve à la climatisation : seuls 13 % des décideurs et 20 % des Français la considèrent comme une « solution évidente ».

Après plusieurs étés marqués par des épisodes de chaleur extrême, une partie importante de l’opinion semble à présent raisonner en termes d’arbitrage entre impératifs sanitaires, énergétiques et environnementaux.

C’est aussi le signe que le débat climatique entre dans une nouvelle phase : à la réduction des émissions s’ajoute désormais très concrètement la question de l’adaptation.

À la défiance politique s’ajoute le pessimisme économique

Le scepticisme à l’égard de la capacité des responsables politiques à répondre aux défis énergétiques fait écho à une défiance plus large envers l’avenir. Car si les Français semblent prêts à s’adapter aux crises, ils restent profondément pessimistes sur la situation économique du pays.

Evolution de l'indice du Moral des Décideurs depuis cinq ans mesuré par Viavoice pour HEC - BFM Business - L'Express dans le baromètre des décideurs de juillet 2026

L’indice synthétique du moral des décideurs remonte certes de quatre points en juillet, à -51, après être tombé à -55 lors de la vague précédente. Viavoice avait alors souligné que ce niveau frôlait l’étiage enregistré après la crise financière de 2008, à -56. (La comparaison doit toutefois être faite avec précaution du fait du changement dans le mode de calcul de l’indice à partir du début de 2025).

Derrière le léger rebond de l'indice, les prévisions restent extrêmement sombres. 74 % des décideurs pensent que le niveau de vie en France se dégradera au cours de l’année à venir, contre seulement 9 % qui anticipent une amélioration. Dans le grand public, le diagnostic est presque identique : 73 % redoutent une dégradation et 10 % une amélioration.

Le regard porté sur sa propre situation est un peu moins noir, mais reste majoritairement négatif : 51 % des décideurs anticipent une dégradation de leur situation financière personnelle, contre 16 % une amélioration. Chez les Français, les proportions sont de 50 % et 18 %.

Cette morosité n’est d'ailleurs pas née avec les canicules ou la guerre en Iran. Dès novembre 2024, 77 % des décideurs prévoyaient déjà une dégradation du niveau de vie en France et 56 % redoutaient une détérioration de leur propre situation financière. Deux ans plus tard, les chiffres restent du même ordre : davantage qu’un accès de pessimisme provoqué par une crise particulière, ils racontent l’installation d’une inquiétude durable.

C’est tout le paradoxe de ce Baromètre des Décideurs. Français et cadres semblent progressivement apprendre à vivre avec les crises : ils arbitrent entre renouvelables et nucléaire, acceptent la climatisation comme un compromis et placent les prix de l’énergie au sommet de leurs priorités. Mais ils ne voient pas encore clairement qui, dans le champ politique, serait capable d’incarner ces choix.

À moins d’un an de la présidentielle, le problème énergétique français n’est donc peut-être pas seulement de savoir quelles solutions choisir. Il est aussi de trouver qui saura convaincre qu’il a compris l’ampleur du défi.

Le Baromètre des Décideurs a été réalisé en ligne par Viavoice du 17 au 21 juillet 2026 auprès de 400 cadres représentatifs des cadres de France métropolitaine et de 1 001 personnes représentatives de la population adulte.

 

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