Aller au contenu principal
Entreprises Familiales

Entreprises familiales : le temps long au service de l’économie de demain

À l’occasion des Universités d’Été de l’Économie de Demain, le 28 août 2026 à Paris, une table ronde consacrée aux entreprises familiales a réuni Camille Vever, Xavier Unkovic, Caroline Schildt et Thibault Petithuguenin. Animés par Cécile de Lisle, directrice exécutive du Centre Entreprises Familiales, les échanges ont mis en lumière ce qui distingue ces entreprises face aux grandes transformations : leur capacité à conjuguer héritage et changement, ancrage territorial et temps long. Une journée également marquée par une forte présence de la communauté HEC Paris parmi les intervenants.

Les Universités d’Été de l’Économie de Demain ont réuni dirigeants, entrepreneurs, responsables publics et experts autour d’une question commune : comment construire une économie européenne plus résiliente, plus souveraine et capable de mener les transformations qui s’imposent ? Dans ce cadre, la table ronde « Entreprises familiales : une nouvelle génération pour l’économie de demain ? » s’est intéressée à la manière dont les entreprises familiales abordent ces défis. Le programme invitait notamment à interroger la capacité des nouvelles générations à faire évoluer des modèles construits pour durer, tout en respectant leur héritage. La grande transmission de ces entreprises, attendue dans la décennie à venir, est à haut risque, mais elle est également une grande opportunité de transformation et d’intégration des enjeux de durabilité par les nouvelles générations. Animée par Cécile de Lisle, la discussion a réuni Camille Vever, septième génération de la Maison Vever, Xavier Unkovic, CEO de Bonduelle, entreprise familiale de septième génération, Caroline Schildt, quatrième génération de la famille Picoty et Sustainability Director du groupe, et Thibault Petithuguenin, deuxième génération de Paprec.

Des entreprises ancrées dans le temps et dans l’espace

En introduction, Cécile de Lisle a rappelé le poids des entreprises familiales dans l’économie française, mais surtout deux caractéristiques mises en évidence par la recherche académique : leur inscription dans le temps long et leur ancrage territorial.

« Elles sont ancrées dans le temps et dans l’espace. »

Parce qu’elles se projettent dans la durée et envisagent la transmission aux générations suivantes, les familles actionnaires peuvent raisonner selon des horizons différents. Leur histoire les relie également souvent à un territoire, à des collaborateurs et à un écosystème avec lesquels elles entretiennent des relations anciennes. Cela ne signifie pas que les entreprises familiales soient, par nature, plus vertueuses que les autres. Leur gouvernance peut aussi générer ses propres difficultés. Mais leur structure de propriété et leur rapport au temps peuvent leur donner des leviers spécifiques pour investir, se transformer et maintenir un cap sur plusieurs décennies. Les quatre expériences présentées pendant la table ronde en ont offert des illustrations très différentes.

Hériter, mais aussi réinventer

Avec Camille Vever, l’héritage prend une forme singulière. La Maison Vever, grand nom historique de la joaillerie française, avait fermé ses portes en 1982. Représentante de la septième génération, Camille a choisi de la relancer près de quarante ans plus tard. Elle héritait d’un nom, d’une histoire et d’un patrimoine encore présent dans les collections de musées. Restait pourtant à définir ce que devait devenir cette maison au XXIe siècle.

« La question, c’est de se dire : super, j’ai hérité du nom, de l’ADN, de la famille ; maintenant, c’est quoi la trajectoire que je veux donner ? Quelle est la mission ? »

La nouvelle Maison Vever a ainsi été construite autour d’engagements portant notamment sur un sourcing responsable et une fabrication française. Le statut d’entreprise à mission a été adopté, reflétant ces engagements de refondation. Mais Camille Vever a surtout insisté sur une condition essentielle pour les nouvelles générations :

« Il faut avoir une légitimité entrepreneuriale en plus d’un nom. »

Reprendre un héritage familial est donc un acte entrepreneurial : il oblige à se demander ce que l’on souhaite conserver, transformer ou réinventer.

« L’héritage ne veut pas dire l’immobilisme »

Xavier Unkovic apporte une autre perspective : celle d’un dirigeant extérieur à la famille, à la tête d’une entreprise familiale de septième génération. Pour le CEO de Bonduelle, comprendre l’histoire et l’ADN familial est indispensable. Mais les respecter ne signifie pas reproduire les mêmes choix lorsque les marchés et les attentes des consommateurs évoluent.

« L’héritage ne veut pas dire l’immobilisme. »

La relation entre une famille actionnaire et un dirigeant externe repose alors sur la confiance et sur l’alignement autour des valeurs et de la mission de l’entreprise. Xavier Unkovic a également souligné un autre atout possible du modèle familial : des circuits de décision plus courts, qui peuvent permettre de réagir plus rapidement lorsque l’environnement exige une transformation.

Transformer un métier historique : le cas Picoty

Chez Picoty, le défi touche directement au cœur du modèle économique. Entreprise familiale créée en 1922 et historiquement développée autour de la distribution de carburants et de combustibles, Picoty doit préparer son avenir dans un monde qui doit progressivement se détourner des énergies fossiles. Caroline Schildt a expliqué comment la quatrième génération avait d’abord travaillé sur la gouvernance familiale : charte familiale, conseil de famille, clarification des rôles entre famille, actionnariat et entreprise, évolution de la gouvernance et recours à des administrateurs externes. Ce travail devait permettre à la nouvelle génération de se projeter très loin :

« On avait en tête d’écrire le chapitre de ces cent prochaines années. »

Cette réflexion sur la gouvernance a ensuite accompagné le travail sur le modèle économique, avec le développement de différentes alternatives bas carbone. Le témoignage de Caroline Schildt montre aussi que la transformation ne se résume jamais à une stratégie ou à une technologie. Il faut convaincre la famille, mais aussi accompagner les collaborateurs dont les compétences et l’identité professionnelle se sont construites autour du métier historique.

Comme elle l’a résumé : « Le plus gros job, c’est la résistance au changement. »

Investir avant d’avoir raison

Avec Thibault Petithuguenin, le temps long s’est exprimé sous un autre angle : celui de l’investissement. Depuis la reprise en 1994 d’une petite entreprise de recyclage par Jean-Luc Petithuguenin, Paprec s’est développé en investissant massivement dans ses outils industriels, dans les technologies de recyclage et par acquisitions successives. Pour Thibault Petithuguenin, cette croissance suppose d’accepter que certains investissements mettent plusieurs années avant de produire pleinement leurs effets.

« Ce ne sont pas des success stories qui se construisent en six mois. Ce sont des success stories qui se construisent en dix, vingt, trente ans. »

Le temps long permet ici d’anticiper : investir dans une technologie ou un outil industriel avant que le marché ne donne pleinement raison à cette décision. Cette temporalité suppose aussi de construire une relation durable avec les partenaires financiers, fondée sur la transparence et la compréhension de la stratégie de l’entreprise.

Quel rôle pour le capitalisme familial ?

À travers Vever, Bonduelle, Picoty et Paprec, la table ronde a finalement posé une question plus large : que peut apporter le modèle familial à une économie confrontée à des transformations qui nécessitent du temps ? Ces quatre entreprises ne dessinent évidemment pas un modèle unique. Mais leurs trajectoires illustrent la possibilité d’arbitrer différemment entre performance immédiate et investissement de long terme, entre héritage et innovation, entre intérêts de l’entreprise et maintien d’un ancrage territorial.

Cécile de Lisle a ainsi replacé les témoignages dans une réflexion plus large sur les différentes formes de capitalisme et leur capacité à créer de la valeur sur la durée. Elle a conclu la table ronde par une formule volontairement ouverte :

« L’entreprise familiale est une affaire de cœur mais, plus important encore, c’est peut-être le dernier bastion d’un capitalisme à visage humain. »

 

Une forte présence de la communauté HEC Paris

Au-delà de cette table ronde, HEC Paris était largement représenté parmi les intervenants des Universités d’Été de l’Économie de Demain, à travers ses professeurs et ses alumni.

Antonin Bergeaud, professeur à HEC Paris, a ainsi participé au grand débat consacré à l’excellence française et aux conditions permettant de reconstruire compétences et capacités productives dans les secteurs stratégiques.

Plusieurs alumni HEC Paris sont également intervenus tout au long de la journée sur des enjeux très différents. Parmi eux, Cécile Villette (MBA HEC Paris), CEO et cofondatrice d’Altaroad, a participé au grand débat « IA : dépendance choisie ou subie ? », consacré notamment à la souveraineté technologique et à la place de l’Europe face au développement de l’intelligence artificielle.

Hubert Baya Toda (MBA HEC Paris), fondateur et CEO de Leakmited, est intervenu dans une rencontre consacrée aux coopérations entre entreprises et territoires, autour des grands défis liés notamment aux ressources, aux infrastructures et à l’adaptation.

Fatma Chouaieb, cofondatrice de Hello Charly et alumna HEC Paris, a apporté son expérience d’entrepreneure dans les échanges consacrés aux nouveaux modèles d’entreprise et à l’économie sociale et solidaire. Le programme la comptait notamment parmi les intervenants de la session « Réinventer l’entreprise pour reprendre la main ».

Élisabeth Laville (H.88), fondatrice d’Utopies, est intervenue dans le débat consacré à la finance de long terme, aux côtés de représentants de la banque, de l’assurance et du capital-investissement. Un thème qui faisait directement écho aux discussions de la matinée sur la capacité des entreprises à investir dans la durée.

Parmi les autres intervenants figurait également Marie-Ange Debon (H.86), alumna d’HEC Paris, qui a participé au grand débat « Construire les nouvelles sécurités », consacré aux réponses à apporter aux nouvelles vulnérabilités économiques, sociales et environnementales.

Cette présence, à travers des profils et des secteurs très différents, illustre la contribution de la communauté HEC Paris aux débats sur les transformations de l’économie : entrepreneuriat, intelligence artificielle, finance de long terme, territoires, modèles à impact et transformation des entreprises.

Pour le Centre Entreprises familiales d’HEC Paris, cette édition des Universités d’Été aura surtout permis de remettre en lumière une conviction : dans un environnement qui pousse les entreprises à se transformer toujours plus vite, la capacité à penser loin constitue un avantage stratégique.

 

 

En savoir plus sur le Centre Entreprises Familiales