Trois étudiants, trois entreprises familiales, un même défi : écouter
Cet été, le Family Business Voices Challenge a renvoyé des étudiants de la Summer School de HEC Paris auprès de leurs propres familles, caméra à la main, avec une consigne : interroger plutôt que supposer. Les entreprises familiales sont, de l'avis général, mal comprises par ceux qui en héritent : le bilan se lit sans trop de difficulté, la logique qui le sous-tend beaucoup plus rarement. Parmi des candidatures de grande qualité, le jury a retenu trois contributions.
From left to right: Margaux Le Goff, Henrique Bernardes Rezende and Rita Saliba, the three students selected by the jury of the 2026 Family Business Voices Challenge, HEC Paris Summer School.
Les entreprises familiales sont, de l'avis général, mal comprises par ceux qui en héritent. Le bilan se lit sans trop de difficulté ; la logique qui le sous-tend, beaucoup plus rarement. C'est cet écart, entre ce qu'une entreprise familiale donne à voir de l'extérieur et ce qu'il a réellement fallu pour la construire, qui a servi de point de départ au Family Business Voices Challenge. Cet été, le concours a renvoyé des étudiants de la Summer School de HEC Paris auprès de leurs proches, caméra à la main, avec pour consigne d'interroger plutôt que de supposer. Parmi des candidatures de grande qualité, trois se distinguent.
L'exercice d'Henrique était, à certains égards, le plus exigeant sur le plan technique : face à des proches, il devait orienter l'entretien vers les moments charnières de changement, sans se contenter de la version familière de l'histoire. Ses échanges avec son parrain et ses oncles ont moins apporté d'informations nouvelles qu'une structure : le fil qui relie des épisodes qu'il connaissait depuis toujours, mais séparément, jamais comme un seul récit. Un revers précoce qui a obligé une génération à prendre des responsabilités plus tôt que prévu ; une gouvernance improvisée pour combler le vide ; le lent travail pour transformer la loyauté entre frères et sœurs en un lien assez solide pour tenir des décennies d'actionnariat partagé. Faire émerger tout cela demandait précisément le questionnement patient et bien construit que le jury a salué. « Je tiens à remercier vivement le Centre Entreprises familiales et HEC d'avoir porté ce projet », a déclaré Henrique. « Cela m'a donné l'occasion de m'asseoir avec mon parrain et mes oncles et d'écouter vraiment l'histoire de notre entreprise familiale. Je savais que leur histoire était riche, mais je n'imaginais pas à quel point. »
L'entretien de Margaux avec Valérie Le Graët tenait moins du portrait de famille que de la note stratégique. Ses questions ont orienté la conversation vers les ressorts de l'avantage stratégique propre aux entreprises familiales : pourquoi l'ancrage territorial, la diversification et une structure actionnariale choisie avec soin ont joué un rôle de protection. C'est cette rigueur analytique, a souligné le jury, qui a fait la différence. « C'est ce qui fait des entreprises familiales un objet d'étude aussi fascinant », observe Margaux. « Elles s'inscrivent dans un horizon de temps fondamentalement différent, façonné non seulement par la performance financière, mais aussi par la continuité, la responsabilité et les générations à venir. »
Rita, elle, a tourné la caméra vers son propre père. Il en ressort un entretien rare, qui prend l'entreprise comme point de départ d'un échange plus personnel et met en lumière les dynamiques familiales, à la fois une force et un héritage pour les entreprises familiales, sans perdre la rigueur propre à l'exercice. « Je suis très reconnaissante d'avoir pu découvrir une facette de mon père que je n'avais jamais connue », confie-t-elle, « de voir qui il était avant que je le connaisse comme mon père. » Des sujets différents, des registres différents. C'est précisément ce que le Challenge entendait récompenser, et leurs contributions viendront désormais nourrir directement les travaux de recherche du Centre sur ce qui permet aux entreprises familiales de durer.