Aller au contenu principal
L'école

Selon une nouvelle étude HEC Paris, les catastrophes climatiques majeures peuvent accroître de 15,7 % l’intensité des émissions de gaz à effet de serre des entreprises

Une nouvelle étude menée par des chercheurs d’HEC Paris montre que les catastrophes naturelles peuvent temporairement dégrader la performance environnementale des entreprises. Néanmoins, celles bénéficiant d’une gouvernance solide et implantées dans des territoires favorisés sont mieux à même d’en limiter les effets.

Une nouvelle recherche de Luc Paugam, professeur de comptabilité à HEC Paris, menée avec Rodolphe Durand, professeur titulaire de la chaire Joly Family « Purposeful Leadership » à HEC Paris, Lorenzo Dal Maso, de la Bologna Business School, et Francesco Mazzi de l’Université de Florence, s’est penchée sur la façon dont les entreprises réagissent aux catastrophes naturelles liées au changement climatique. Les chercheurs ont notamment tenté de déterminer si ces événements incitaient les entreprises à adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement en réduisant l’intensité de leurs émissions de gaz à effet de serre. Leurs résultats montrent qu’à court terme, c’est souvent l’inverse qui se produit.

L’étude analyse l’intensité des émissions de gaz à effet de serre de plus de 850 entreprises américaines cotées en Bourse à la suite de catastrophes climatiques, notamment les événements les plus graves tels que les ouragans majeurs, les crues soudaines et les incendies de forêt. L’intensité des émissions mesure la quantité de gaz à effet de serre émise par une entreprise par unité de production ou de chiffre d’affaires. Les chercheurs qualifient de catastrophe climatique majeure tout phénomène naturel donnant lieu à l’activation d’au moins trois programmes d’aide de la FEMA, l’Agence fédérale américaine de gestion des situations d’urgence, notamment les dispositifs d’aide aux particuliers, d’aide publique et de réduction des risques.

Les auteurs constatent qu’en moyenne, l’intensité des émissions de gaz à effet de serre des entreprises augmente d’environ 7 % au cours de l’année où une catastrophe climatique s’est produite, puis de 6,3 % supplémentaires l’année suivante. Si cet effet est significatif, les chercheurs observent également qu’il disparaît après la deuxième année.

Le professeur Paugam et ses coauteurs soulignent toutefois que l’intensité des émissions peut augmenter jusqu’à 15,7 % après une catastrophe climatique majeure. Ils précisent que l’ampleur de cet effet varie fortement d’une entreprise à l’autre en fonction de sa gouvernance, de son leadership et des ressources dont elle dispose.

Concernant ce dernier point, les auteurs expliquent qu’une catastrophe conduit généralement les dirigeants à concentrer leur attention sur la continuité de l’activité. Cette mobilisation absorbe des ressources financières et humaines et peut entraîner une baisse temporaire de l’efficacité opérationnelle, avec pour conséquence une hausse des émissions à court terme. L’étude montre également que la seule prise de conscience des risques climatiques ne suffit pas à améliorer les performances environnementales.

Selon le professeur Paugam : « On suppose souvent qu’une catastrophe agit comme un électrochoc. Nos résultats montrent que la réalité est plus exigeante : la prise de conscience ne suffit pas, à elle seule, à réduire les émissions. Une catastrophe ne peut devenir une occasion d’accélérer la décarbonation que si l’entreprise dispose déjà de la motivation, de la gouvernance et des ressources nécessaires pour agir. Dans le cas contraire, son effet immédiat est une augmentation des émissions, et non une diminution. »

L’étude montre que certaines catégories d’entreprises, ainsi que celles évoluant dans des environnements particuliers, sont mieux armées pour faire face aux catastrophes naturelles. Ainsi, les entreprises caractérisées par un actionnariat de long terme et des dirigeants en poste depuis longtemps enregistrent une baisse de 11,8 % de l’intensité de leurs émissions. Les entreprises implantées dans des territoires bénéficiant de niveaux d’éducation élevés et de ressources socio-économiques importantes voient également l’intensité de leurs émissions diminuer de 5,2 %.

Sans surprise, les entreprises disposant d’une solide trésorerie parviennent elles aussi à réduire sensiblement la hausse des émissions observée après une catastrophe. Ce constat suggère qu’elles disposent des moyens nécessaires pour financer des investissements améliorant leur efficacité, plutôt que de devoir recourir à des solutions temporaires.

« Une catastrophe ne devient une opportunité de décarbonation que lorsque la motivation et les capacités nécessaires existent déjà au niveau de l’entreprise, de son environnement local, ou des deux », explique le professeur Paugam. « Nos travaux montrent que les entreprises suffisamment préparées sur le long terme, ainsi que celles qui évoluent au sein de communautés davantage sensibilisées au changement climatique, bénéficiant d’un niveau d’éducation plus élevé et de ressources économiques plus importantes, parviennent à mieux faire face aux catastrophes climatiques sans remettre en cause leurs engagements en matière de développement durable », ajoute-t-il.

Selon les auteurs, ces résultats comportent des enseignements importants pour les pouvoirs publics, les investisseurs et les dirigeants d’entreprise qui cherchent à accélérer la décarbonation. Plutôt que de partir du principe qu’une exposition accrue aux risques climatiques conduira naturellement les entreprises à adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement, les efforts devraient se concentrer sur le renforcement des capacités organisationnelles leur permettant d’agir efficacement lorsque survient une perturbation majeure.