" A la limite de la science-fiction " : l'entrepreneuriat deep tech à HEC, en plein essor
L'entrepreneuriat deep tech est en plein boom, au point qu'HEC y a dédié un centre spécifique au sein de l'Innovation & Entrepreneurship Institute. À l'occasion du lancement du ION Management Science Lab, le laboratoire de recherche du Centre Deep Tech, Aymeric Penven, son directeur exécutif, revient sur sa mission : aligner les expertises scientifiques et business... parfois à la limite de la science-fiction !
Pour commencer, pouvez-vous définir l'entrepreneuriat deep tech ?
La différence par rapport à l'entrepreneuriat classique est que les start-ups deep tech sont issues d'une innovation technologique, d'une différentiation très forte par rapport à l'existant, donc très étroitement liées à la recherche scientifique et académique. On essaie alors d'appliquer cette technologie à un ou plusieurs secteurs. Par exemple un nouveau matériau peut avoir des débouchés dans la construction, l'aviation, le spatial... Le travail d'HEC est de faire le lien entre ce potentiel et l'application concrète sur un marché, entre la science et le business.
Pourquoi avoir créé un centre spécifiquement dédié à la deep tech ?
Le centre s'est développé de manière organique, à partir de l'accompagnement classique à l'entrepreneuriat, celui que fait HEC depuis près de 50 ans. Au fil des années, nous avons remarqué un nombre croissant de start-ups avec un fort ADN technologique, notamment au sein du programme Challenge+, qui attirait beaucoup de start-ups issues de la recherche scientifique. Donc tout naturellement nous avons créé des programmes avec un fort focus technologique, comme le Creative Destruction Lab, finalement consolidés sous l'égide du Centre Deep Tech fin 2023.
La cible de notre action, ce sont les entrepreneurs avec un ADN technologique qui ont besoin des compétences de l'École. Nous mettons notre expertise business, stratégique, à leur service. Mais ce n'est que la moitié de l'équation ! L'autre moitié consiste à contribuer à enrichir les contenus de l'École tout en construisant cet écosystème. Par exemple, des étudiants de MBA peuvent suivre des cours sur le spatial ou la technologie du climat et être « matchés » avec des start-ups. Pour résumer, il s'agit de mettre plus de business dans lesmains des entrepreneurs et plus de tech entre les mains des étudiants d'HEC. Mais c'est un mouvement naturel, car le phénomène deep tech est en forte croissance.
Pourquoi cet essor de la deep tech ?
Le phénomène est global, en raison de besoins très concrets. Par exemple, pour des raisons liées au climat on veut électrifier les transports, ou sur des sujets de souveraineté comme l'IA, on a besoin de puissance de calcul ; tout cela requiert de l'innovation technologique.
À HEC, l'appétence des étudiants pour les sujets tech augmente en partie du fait de l'explosion de l'IA, en partie du fait des transformations qu'exige le changement climatique comme la décarbonation des chaînes de valeur ; ces transformations étant aussi techniques, il faut des gens à la fois business-trained, et qui comprennent la partie technique. Bref, il faut une capacité d'interface entre le business et la science.
Comment répondez-vous aux défis éthiques et environnementaux posés par la deep tech ?
C'est un point fondamental. Dans notre sélection des projets, nous filtrons par rapport à l'impact positif. Par exemple je pense à des sociétés dans le domaine spatial qui travaillent sur des systèmes de propulsion moins polluants, ou sur l'observation de la Terre depuis l'espace, ce qui est important pour observer l'évolution des terres agricoles, à des sociétés qui font du stockage ADN de données sur des systèmes de la taille d'une carte de crédit, ce qui réduit la surface au sol et la consommation énergétique des data centers.
Avez-vous des exemples de start-ups accompagnées avec succès par HEC ?
Nous avons de belles histoires qui font rêver, à la limite de la science fiction ! À la soirée de clôture de campagne de la Fondation nous avons présenté un start-up qui a créé une interface cerveau-machine, pour piloter des robots en capturant des ondes cérébrales ; des personnes handicapées ont ainsi porté la flamme olympique en pilotant un bras articulé. Une autre entreprise que nous avons accompagnée avec le Creative Destruction Lab utilise des plantes génétiquement modifiées pour absorber des métaux du sol. Elle est devenue un acteur de la chaîne de valeur des batteries, en plantant ses graines sur des sols à forte densité en nickel (un matériau rare, dont l'extraction conventionnelle est délétère) pour ensuite extraire celui-ci des plantes de manière plus propre.
Un conseil aux étudiants qui voudraient se lancer dans la deep tech ?
S'associer entre expertises complémentaires. Dans les start-ups qui fonctionnent le mieux, il y a un véritable alignement entre l'expertise technologique et la compréhension du business.