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©2025 Olivia Lopez - HEC Paris. Visuel généré avec Midjourney.

Apprendre de ses erreurs : le secret des grands entrepreneurs

Les recherches d'Ankur Chavda révèlent que les entrepreneurs qui s'appuient sur la théorie continuent d'apprendre après avoir connu le succès, ce qui les aide à devenir encore plus performants.

L’essentiel
  • Les entrepreneurs qui s'appuient sur des théories continuent souvent à tester leurs idées, même après avoir connu le succès, interprétant les premiers succès comme des signes d'un potentiel plus important.
  • Ils sont plus enclins à réexaminer leurs anciennes stratégies si de nouvelles données indiquent que leurs hypothèses précédentes étaient erronées.
  • Ces entrepreneurs sollicitent l'avis d'experts pour affiner leur modèle mental, et pas seulement leurs tactiques.

On attribue souvent le succès des startups à la persévérance, au bon timing ou à un virage stratégique chanceux. Pourtant, notre nouvelle étude suggère que ce qui distingue les entrepreneurs à succès, ce n'est pas tant l'acharnement que leur façon de penser.

Certains fondateurs testent différentes approches jusqu'à trouver la bonne (entrepreneurs pragmatiques). D'autres, au contraire, ont une théorie expliquant pourquoi une idée devrait fonctionner et la perfectionnent à chaque étape (entrepreneurs théoriques).

Le principal enseignement de mes recherches ? Les fondateurs qui continuent de remettre en question leurs hypothèses, même après des succès initiaux, obtiennent souvent de meilleurs résultats.

Les fondateurs qui continuent de remettre en question leurs hypothèses, même après leurs premiers succès, obtiennent souvent de meilleurs résultats.
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Ankur Chavda

Le succès n’exclut pas la persévérance.

Mon article, co-écrit avec des chercheurs du MIT Sloan et de la Rotman School of Management, développe un « modèle bayésien » pour simuler la manière dont les fondateurs prennent des décisions en situation d'incertitude. Il compare ceux qui adaptent leur réflexion au fur et à mesure avec ceux qui s'en tiennent à des hypothèses fixes – en analysant leurs moments d'arrêt, de progression ou de retour en arrière – et comment ces choix influencent les résultats.

Nombreux sont les fondateurs qui s'arrêtent une fois qu'une idée a fait ses preuves. Ce n'est pas le cas des entrepreneurs guidés par la théorie. Si un résultat est bien meilleur que prévu, ils ne le considèrent pas comme une finalité, mais comme un indice. Il y a peut-être encore beaucoup à découvrir. Le succès devient une motivation pour continuer.

On observe cet état d'esprit chez des fondateurs comme Jeff Bezos. Avant de lancer Amazon, il avait déjà contribué à la création d'un système de trading d'actions en ligne performant pour un fonds spéculatif. Mais au lieu de s'arrêter là, il est allé plus loin – non pas parce que cette stratégie avait échoué, mais parce que son succès annonçait une opportunité plus importante. Plutôt que de s'en tenir à ce qui fonctionnait, il a continué à chercher.

Aujourd'hui, Amazon est bien plus qu'une librairie en ligne : c'est un empire commercial de 2 200 milliards de dollars.

L’apprentissage ne se résume pas à ce qui fonctionne

Au cœur de cette approche se trouve une habitude : remettre constamment en question ses convictions. Chaque résultat est un signal, et non une simple victoire ou défaite. Les fondateurs qui s'appuient sur une théorie partent d'une idée fonctionnelle et restent prêts à la réviser au fur et à mesure que de nouvelles preuves apparaissent.

Ce type de réflexion facilite également le retour sur d'anciennes idées. Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont d'abord créé un moteur de recherche appelé Backrub à l'université de Stanford. Leur plan initial était de concéder la licence de cette technologie à de grands portails comme Yahoo!. Face à l'échec de ces accords, ils sont revenus à une idée antérieure : le lancement de leur propre site de recherche. Ce qui semblait être un plan B s'est avéré être une percée décisive.

Si un échec passé apparaît sous un jour nouveau, les entrepreneurs qui s'appuient sur une théorie, comme Page et Brin, n'hésitent pas à retenter leur chance, une démarche que d'autres n'envisageraient même pas.

Les conseils valent plus quand une théorie évolue

Les fondateurs axés sur la théorie considèrent les conseils comme un moyen d'affiner leur réflexion, et non pas seulement de résoudre des problèmes. Ils recherchent l'expertise de personnes connaissant bien le secteur, et utilisent ces informations pour affiner leur vision du marché. À l'inverse, les fondateurs axés sur la pratique ont tendance à ignorer les conseils, sauf s'ils offrent un retour sur investissement clair et immédiat. Ils se concentrent sur ce qui a fonctionné par le passé, et non sur les enseignements à en tirer.

Le détaillant de chaussures Zappos illustre parfaitement la première approche : l'entreprise a débuté avec un modèle de dropshipping, où le vendeur prend les commandes mais le fabricant expédie directement le produit au client. Cependant, l'investisseur Tony Hsieh, devenu par la suite PDG de Zappos, a insisté pour que l'entreprise prenne en charge la gestion des stocks. Ce changement a permis à Zappos de devenir l'une des entreprises de commerce électronique les plus prospères de son époque, avec pour point d'orgue son rachat par Amazon pour 1,2 milliard de dollars en 2009.

Un esprit ouvert à l’apprentissage — signe de compétence

Certaines personnes pensent naturellement ainsi, mais cet état d'esprit peut s'apprendre. Se demander simplement pourquoi on s'arrête – et si c'est le bon moment – ​​peut favoriser un meilleur apprentissage. Un succès précoce n'est pas toujours la preuve d'une réussite totale ; c'est parfois le signe qu'il faut persévérer.

L'impact de cet article dépasse largement le cadre de la théorie académique. Pour les investisseurs et les accélérateurs de startups, il offre un moyen de repérer les différents états d'esprit des fondateurs et d'identifier ceux qui ont le plus de chances de réussir.

Il bouleverse également notre interprétation du comportement des fondateurs. Revenir à une ancienne idée, tester au-delà du succès ou solliciter des conseils peut sembler relever du doute, mais cela peut en réalité témoigner d'une réflexion stratégique plus approfondie.

Ce modèle ouvre également de nouvelles perspectives pour l'enseignement de l'entrepreneuriat. La plupart des formations se concentrent sur l'exécution et la présentation. Ce modèle ajoute une dimension supplémentaire : aider les fondateurs à construire, tester et affiner la réflexion qui sous-tend leurs décisions.

Pour les investisseurs, cette étude met en lumière des schémas rares mais précieux : les fondateurs qui persévèrent après avoir atteint le succès, qui s’adaptent aux évolutions du marché et qui privilégient les conseils pertinents.

Dans un monde qui glorifie l’instinct et l’énergie débordante, cette recherche propose une perspective plus nuancée. Les meilleurs entrepreneurs ne sont pas toujours les plus rapides ni les plus flamboyants. Ce sont ceux qui considèrent le succès comme un indice, l’échec comme un signal et chaque résultat comme une occasion de remettre en question leurs convictions.

Ainsi, l’entrepreneuriat ne repose pas sur l’apprentissage par l’erreur, mais plutôt sur la réalisation d’expérimentations. Et compte tenu des enjeux considérables, ce changement de mentalité pourrait bien transformer une bonne idée en une entreprise florissante.

Une traduction assistée par LLM.

Sources

Chavda, A., Gans, J. S., & Stern, S., "Theory-based entrepreneurial search", 9(4), 397-415, publié dans Strategy Science en 2024. 

Ankur Chavda Knowledge HEC
L’auteur
Prof. Ankur Chavda
Professeur Assistant

Ankur Chavda étudie les incitations à l’innovation au sein des entreprises. Une partie de ses recherches analyse l’impact de l’arrivée de Netflix comme choc exogène sur la production de séries télévisées.

Avant de débuter son doctorat, il a travaillé dans l’industrie technologique, notamment dans des...

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