- Les attitudes envers l’IA influencent la performance créative.
- Le degré d’autorité de l’IA modifie le comportement humain.
- L’identité humaine évolue dans les environnements augmentés par l’IA.
Alors qu’on présente souvent la créativité comme la dernière frontière proprement humaine dans un monde professionnel en voie d’automatisation, l’intelligence artificielle devient elle-même de plus en plus créative : des portraits générés par IA se vendent aux enchères à prix record, des tubes pop intègrent des musiques composées par des algorithmes, et des médias mainstream « emploient » déjà des journalistes automatisés capables de produire des milliers d’articles par semaine.
C’est cette problématique qu’explore la recherche menée par Daria Morozova, diplômée de HEC Paris (H.23), dans l’étude « Humanness and Advanced Technologies in Organizations: On Being Truly Human While Working with AI », coécrite avec Stefan Haefliger, Zoe Jonassen, Anil R. Doshi, Zhu Feng et Shane Schweitzer, et publiée dans Academy of Management en juillet 2024.
Pourquoi avez-vous choisi d’étudier ce sujet ?
Le rôle de l’IA dans la créativité reste peu étudié. D’un côté, l’IA peut accélérer l’innovation et élargir les possibilités créatives. De l’autre, des obstacles comme l’« appréciation » ou l’aversion algorithmique peuvent freiner l’adoption, la confiance et même l’image de soi.
Ce qui est nouveau dans mon travail, c’est de considérer l’IA non seulement comme un outil technologique, mais comme un acteur social influençant les croyances, le comportement et l’identité des humains, et donc la collaboration entre humains et IA.
Cette perspective est vitale pour les organisations qui veulent encourager l’innovation sans compromettre la dignité et la créativité humaines. En comprenant et en façonnant les perceptions de l’IA, les managers peuvent faciliter des partenariats humain-IA plus productifs et épanouissants.
Comment avez-vous abordé ce sujet ?
Tout d’abord, j’ai examiné comment différentes attitudes envers l’IA (curiosité, prudence, scepticisme) façonnent la performance créative. Mes collègues chercheurs et moi avons évalué comment l’exposition à l’IA affecte l’effort créatif, en comparant des situations où les humains collaborent avec l’IA ou se contentent d’observer ses résultats.
La deuxième phase s’est concentrée sur la compréhension de la manière dont l’autorité de l’IA — qu’elle donne des ordres ou seulement des suggestions — affecte son usage dans les tâches créatives et non créatives. Dans ce projet expérimental, j’ai analysé l’adhésion des personnes aux recommandations générées par l’IA, en tenant compte de leur perception de l’expertise de l’IA par rapport à des tâches de complexité variable.
Enfin, j’ai adopté une approche conceptuelle pour définir l’« humanité située » (situated humanness) dans les environnements augmentés par l’IA. En examinant comment certaines qualités humaines deviennent plus saillantes en réponse à l’implication de l’IA, je contribue au dialogue émergent sur ce que signifie être humain dans un lieu de travail piloté par l’IA.
Comment les gens se perçoivent-ils dans des tâches créatives en travaillant avec l’IA ?
Les personnes prudentes face à l’IA s’investissaient plus profondément dans les tâches créatives, tandis que les sceptiques se désengageaient souvent, ce qui conduisait à de moins bons résultats créatifs. De manière surprenante, ceux qui étaient curieux de l’IA montraient peu de changements dans leurs performances créatives.
Comment les gens se perçoivent-ils dans des tâches créatives en travaillant avec l’IA ?
Les personnes prudentes face à l’IA s’investissaient plus profondément dans les tâches créatives, tandis que les sceptiques se désengageaient souvent, ce qui conduisait à de moins bons résultats créatifs. De manière surprenante, ceux qui étaient curieux de l’IA montraient peu de changements dans leurs performances créatives.
Et comment les ordres ou suggestions donnés par l’IA affectent-ils le comportement humain dans les tâches créatives et non créatives ?
Les personnes suivaient plus facilement les conseils de l’IA dans les tâches non créatives, mais y résistaient dans les contextes créatifs, surtout lorsqu’elles sentaient que leur singularité humaine était menacée.
Comment les humains adaptent-ils leur identité et leur comportement en collaborant avec l’IA ?
La collaboration humain-IA dans des environnements créatifs est profondément influencée par les perceptions psychologiques et la manière dont la tâche est présentée. Lorsque la créativité est décrite comme une compétence proprement humaine, les individus ont tendance à fournir plus d’efforts, même si cela ne se traduit pas toujours par de meilleurs résultats créatifs.
De plus, la façon dont l’IA est introduite — figure d’autorité ou outil de soutien — a un impact significatif sur la manière dont les personnes s’y engagent.
Traduction assistée par LLM.
Sources
Article de Daria Morozova, basé sur l’étude "Humanness and Advanced Technologies in Organizations: On Being Truly Human While Working with AI", coécrite avec Stefan Haefliger, Zoe Jonassen, Anil R. Doshi, Zhu Feng et Shane Schweitzer, publiée dans Academy of Management, juillet 2024. Recherche en partie financée par le centre Hi! PARIS.