Intro
Fondée en 2021, Phagos est une start-up de biotechnologie deep tech qui développe une alternative durable aux antibiotiques grâce à la phagothérapie. Cofondée par Alexandros Pantalis, diplômé de HEC Paris, et Adèle James, titulaire d’un doctorat en microbiologie moléculaire, la start-up conçoit des médicaments vétérinaires personnalisés à base de phages destinés à l’élevage.
Quatre ans après sa création, Phagos a franchi une étape réglementaire majeure en devenant la première entreprise de l'Union européenne autorisée à commercialiser des médicaments vétérinaires sur mesure à base de bactériophages. Cette start-up est capable de mettre au point un traitement en seulement deux mois et collabore déjà avec certains des plus grands acteurs mondiaux du secteur agroalimentaire.
La problématique
Les infections bactériennes constituent l'un des défis sanitaires les plus préoccupants de notre époque. Elles sont déjà la deuxième cause de mortalité chez l'homme à l'échelle mondiale, une cause majeure de mortalité chez les animaux d'élevage, et entraînent des pertes économiques considérables dans l'ensemble du secteur agroalimentaire.
Cette crise silencieuse est aggravée par la résistance aux antimicrobiens (RAM), dont le taux augmente de 5 à 15 % par an selon l'Organisation mondiale de la santé. La RAM cause déjà des millions de décès chaque année, et les bactéries résistantes aux antibiotiques devraient dépasser le cancer en termes de mortalité, tout en coûtant à l'économie mondiale jusqu'à 100 000 milliards de dollars d'ici 2050.
Dans le secteur de l'élevage, la situation est particulièrement grave : un antibiotique sur trois est désormais inefficace, soit trois fois plus qu'en 2000. À mesure que les antibiotiques perdent de leur efficacité, les solutions existantes s'avèrent trop généralistes et ne suffisent plus à protéger la santé animale, les systèmes alimentaires et, en fin de compte, la santé humaine.
La solution
Phagos a mis au point une plateforme unique de phagothérapie qui associe la microbiologie à l'intelligence artificielle pour concevoir des médicaments personnalisés à base de phages, proposant ainsi une approche radicalement différente du problème.
Un bactériophage (souvent appelé simplement « phage ») est un virus qui infecte et tue les bactéries, tout en épargnant les autres cellules. Chaque phage est très spécifique : il ne cible que quelques souches bactériennes, ce qui le rend fondamentalement différent des antibiotiques à large spectre.
L'approche de Phagos repose sur :
- Les bactériophages, prédateurs naturels des bactéries, comme alternative ciblée aux antibiotiques.
- Des traitements personnalisés, conçus pour des souches bactériennes spécifiques plutôt que des médicaments universels.
- Des médicaments mis à jour en permanence, capables de s'adapter à l'évolution des bactéries.
- Des modèles d'IA propriétaires, capables d'analyser l'intégralité des génomes des phages et des bactéries afin de prédire les interactions et de sélectionner les phages les plus efficaces.
Phagos peut ainsi développer un traitement sur mesure en seulement deux mois, contre une moyenne de 12 ans et 2 milliards de dollars nécessaires pour mettre un nouvel antibiotique sur le marché. La première application concerne la médecine vétérinaire, avec l’ambition à long terme d’étendre cette avancée à la santé humaine.
Chiffres clés
- Un million d'animaux traités en France en seulement quelques mois.
- 25 millions d'euros levés lors d'un tour de table de série A (2025), et 30 millions d'euros au total.
- Plus de 50 employés, dont 90 % ont une formation scientifique.
- C'est la première fois qu'une plateforme phage est validée par les autorités de l'UE, et même à l'échelle mondiale.
- Il faut deux mois pour mettre au point un nouveau traitement sur mesure, contre douze ans pour un nouvel antibiotique.
Comment ils ont fait
Phagos est né de la rencontre entre deux profils très complémentaires : Alexandros Pantalis apporte son esprit d'entreprise, son sens de l'organisation et une résilience forgée par de multiples expériences dans le domaine des start-ups. Adèle James apporte quant à elle une expertise scientifique approfondie et une volonté farouche de transformer la manière dont la science est menée et traduite en actions concrètes ayant un impact réel.
Ensemble, ils ont instauré une culture d'entreprise fondée sur la rigueur scientifique, la rapidité d'exécution et une approche humaine du travail, s'éloignant délibérément des environnements compétitifs et cloisonnés que les deux fondateurs avaient connus dans le milieu universitaire. Ce parcours a été marqué par des moments intenses, depuis les difficultés initiales de levée de fonds jusqu'aux premières applications cliniques et sur le terrain, où l'avenir de l'entreprise était en jeu.
Ce qui s'est avéré décisif, c'est leur capacité à attirer dès le départ des personnes profondément engagées, malgré l'incertitude, la pression et les risques inhérents à la création d'une start-up biotechnologique. Le fait de revenir sur ce parcours leur a également permis de forger une conviction personnelle bien ancrée : « Fiez-vous à votre instinct, et ce qui 'en théorie devrait marcher' marche souvent. »
Et ensuite ?
Grâce à sa récente levée de fonds de série A de 25 millions d'euros, Phagos est entrée dans une nouvelle phase de croissance. L'entreprise entend accélérer le déploiement à grande échelle de la phagothérapie vétérinaire, poursuivre le développement de la prochaine génération de sa technologie d'IA brevetée pour la caractérisation des phages, et étendre ses activités à l'international, notamment en Europe, en Asie et sur le continent américain.
La mission à long terme reste inchangée et ambitieuse : éradiquer les maladies bactériennes.