- VINCI utilise des outils d’IA générative comme SprinkIA non pas pour centraliser l’expertise, mais pour renforcer les savoir-faire locaux.
- Son hub d’innovation, Leonard, pilote l’adoption via des parcours intensifs de formation de six mois.
- Loin d’être un frein, le modèle décentralisé de VINCI facilite l’intégration de l’IA en confiant la transformation aux équipes opérationnelles, au plus près des défis terrain.
Dans une étude de cas publiée en 2024 par Harvard Business School Publishing, j'analyse la transformation de VINCI grâce à l'IA comme un modèle possible pour d'autres multinationales qui souhaitent intégrer de manière transparente les nouvelles technologies d'IA générative dans leur environnement de travail.
Turning a Construction Giant into an AI Pioneer
Comment de grands groupes peuvent-ils développer les compétences en IA de leurs collaborateurs tout en conservant une organisation décentralisée ? VINCI, leader mondial des concessions, de l’énergie et de la construction, offre un exemple éclairant via son hub d’innovation Leonard et plusieurs projets d’IA de rupture.
Dans notre étude de cas intitulée Building Innovation at VINCI, coécrite avec le professeur Dennis Campbell et la chercheuse associée Ana Carlota Moniz de la Harvard Business School, nous analysons la manière dont ce groupe français aborde les défis posés par l’IA, tout en préservant son modèle d’innovation, sa décentralisation et la montée en compétences de ses équipes.
L’innovation en IA part du terrain
Nous analysons notamment les initiatives portées par Leonard, dont l’un des projets d’IA les plus ambitieux a été déployé sur The Link, le nouveau gratte-ciel emblématique de La Défense à Paris. L’outil SprinkIA, utilisé pour optimiser le design des systèmes d’arroseurs, permet d’ajuster en quelques minutes ce qui prenait auparavant plusieurs jours.
Mais cette avancée soulève une question stratégique : un modèle décentralisé permet-il réellement de déployer rapidement les technologies d’IA au sein d’un grand groupe ? VINCI parvient-il à transformer cette structure en levier d’innovation ? Et comment Leonard pilote cette dynamique à grande échelle ?
Leonard : mettre le pouvoir d’innover entre les mains des équipes
Avec des milliers d’unités réparties dans plusieurs divisions, la structure de VINCI est conçue pour encourager l’initiative locale. Leonard, lancé en 2017, en est le fer de lance. Sa mission ? Favoriser l’expérimentation et anticiper les transformations à venir.
Bruno Daunay, responsable IA chez Leonard, et François Lemaistre, directeur de marque chez Axians et sponsor du programme IA du groupe, pilotent la diffusion des nouvelles technologies via une approche structurée et participative. Leur programme phare : un cycle de six mois combinant formation technique poussée et mise en pratique concrète.
« Les collaborateurs étaient très motivés, ils aimaient leur métier mais voulaient en finir avec les méthodes inefficaces », explique Bruno Daunay. Leonard s’appuie sur un écosystème d’innovation robuste, avec des partenariats académiques comme celui du centre Hi! PARIS et la création de Centres d’Excellence. L’évolution de DIANE, un projet pilote devenu référence en matière de design génératif, illustre cette montée en puissance.
Innover sans renier ses principes fondamentaux
Cette stratégie d’innovation respecte pleinement la philosophie de VINCI. Comme le souligne son PDG (CEO) Xavier Huillard : « Nous sommes probablement l’entreprise la plus décentralisée de France. Peut-être même d’Europe ! » Sa vision : inverser la pyramide hiérarchique et placer les opérations, plutôt que le management, au centre des décisions.
Les résultats sont probants : grâce à SprinkIA, l’optimisation d’un système d’arroseurs ne prend plus que 11 minutes — contre plus de cinq jours auparavant.
François Lemaistre voit l’avenir avec confiance : « Cela fait cinq ans que nous expliquons ce qu’est l’IA — et surtout ce qu’elle n’est pas. Ce ne sont pas des robots qui prennent le contrôle, mais des outils qui améliorent notre quotidien. L’IA ne va pas bouleverser notre modèle, elle va l’amplifier. Nous voulons continuer à ouvrir des portes que nous n’avons jamais ouvertes. »
Une feuille de route pour un déploiement responsable de l’IA
Alors que de nombreuses entreprises peinent à intégrer l’IA, l’exemple de VINCI démontre qu’un groupe peut conjuguer innovation technologique et respect de son ADN organisationnel. En combinant expérimentation, formation et ancrage opérationnel, VINCI esquisse un modèle reproductible pour une adoption responsable de l’IA.
Une traduction assistée par LLM.
Sources
Aluna Wang est professeure assistante en comptabilité à HEC Paris et titulaire d’une chaire au Centre Hi! PARIS. L’étude de cas Building Innovation at VINCI est coécrite avec le Professeur Dennis Campbell et la chercheuse associée Ana Carlota Moniz de la Harvard Business School.
En savoir plus : « L'Odyssée de l'IA : Histoire, réglementations et impact – Une perspective européenne ». Ce MOOC du Centre Hi! PARIS présente les entretiens d'Aluna Wang avec François Lemaistre et Bruno Daunay de Vinci, qui partagent leurs points de vue sur l'intégration de l'IA dans leurs opérations.