Des étudiants s’attaquent aux “problèmes complexes” des droits humains
Un important hackathon jeunesse organisé à Bangkok a réuni des étudiants issus de 20 écoles de commerce, venus proposer des solutions aux défis liés aux droits humains dans des domaines aussi variés que l’huile de palme, le travail sur les plateformes numériques et la justice pour les peuples autochtones.
- Le hackathon illustre la manière dont les écoles de commerce peuvent former la prochaine génération de leaders engagés pour les droits humains.
- Les étudiants se sont attaqués à cinq “problèmes complexes”, situés à l’intersection du monde des affaires et des droits humains.
- Un mentorat assuré par le PNUD, des universitaires et des entrepreneurs à impact leur a permis de bénéficier de retours concrets issus du terrain.
Les jeunes face aux “problèmes complexes”
Les défis comportant des facteurs interdépendants que beaucoup jugent impossibles à résoudre sont qualifiés de “problèmes complexes” (wicked problems).
Le premier Hackathon jeunesse sur les entreprises et les droits humains (BHR Youth Hackathon) a mis les étudiants à l’épreuve en les invitant à repenser des enjeux profondément enracinés :
la production durable d’huile de palme, la voix des travailleurs au-delà des audits sociaux, la réduction du plastique, la gestion algorithmique dans l’économie des plateformes, et le consentement des peuples autochtones dans les projets économiques.
Les étudiants ont conçu des idées élaborées et innovantes dans leurs différentes catégories.
Harit Luangkrajang et ses camarades de la Thammasat Business School (Thaïlande) ont proposé que les entreprises de boissons adoptent des réseaux de collecte inversée (RVMs) pour favoriser l’économie circulaire, tout en supprimant progressivement les emballages en plastique vierge.
Parallèlement, un groupe de trois étudiants mongols a démontré que les bouteilles plastiques jetées pouvaient être transformées en matériau isolant.
Une telle initiative permettrait au recyclage de contribuer directement à résoudre un autre défi majeur en Mongolie : l’amélioration de la performance thermique des yourtes pendant les hivers rigoureux du pays.
Une nouvelle pédagogie pour les écoles de commerce internationales
Les étudiants participants venaient d’universités issues des cinq continents, parmi lesquelles la Sasin School of Management, le Business School Network of Thailand et HEC Paris. Cette dernière s’implique depuis plusieurs années dans les grands débats mondiaux sur ces enjeux, et des programmes novateurs tels que SASI sont devenus l’un des piliers du Master en développement durable de l’école.
C’est dans ce contexte que Charles Autheman, enseignant à HEC Paris, a pris contact avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) afin d’organiser une activité de deux jours en marge de l’édition 2025 du Forum Asie-Pacifique des Nations unies sur l’entreprise responsable et les droits humains. En partenariat avec plusieurs institutions et réseaux — dont le Global Business School Network, le PRME ASEAN+ Chapter et l’organisation en sciences comportementales BIAS — les organisateurs ont conçu un cadre stimulant et attractif destiné à susciter l’intérêt des étudiants et des enseignants des écoles de commerce. Les “wicked problems” abordés correspondaient à plusieurs priorités thématiques du forum, et les étudiants pouvaient assister à certaines sessions en dehors de leurs heures de “hacking”. Contrairement à une compétition classique, le hackathon de Bangkok mettait l’accent sur la collaboration et l’apprentissage. Les participants se sont glissés dans la peau de responsables RSE ou de fondateurs de start-up, et ont bénéficié de retours constructifs de la part de figures de renom telles que Justin Nolan (UNSW) et l’entrepreneure à impact Archana Kotecha.
Le hackathon a mis en lumière les limites des approches traditionnelles, souvent incapables de suivre le rythme des dilemmes émergents à l’intersection du monde des affaires et des droits humains.
En impliquant les étudiants dans un dialogue mondial, les écoles de commerce contribuent à insuffler créativité, sens de l’urgence et pensée critique dans la recherche de solutions alternatives.
Perspectives d’avenir
Lors de la séance de clôture du hackathon, les organisateurs ont félicité l’ensemble des participants pour leurs réalisations et ont célébré les performances de ceux qui avaient obtenu les meilleures évaluations des jurys dans chaque catégorie. Dans les jours qui ont suivi, de nombreux étudiants ont partagé leur expérience sur les réseaux sociaux, revenant sur les leçons tirées de ces deux journées d’échanges intenses. Le témoignage d’Ankit Singh a particulièrement ému : il a relié son expérience d’apprentissage positive pendant le hackathon à ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il était enfant travailleur dans une briqueterie dans son Inde natale, à l’âge de huit ans. Les organisateurs prévoient désormais de reproduire ce modèle de hackathon dans d’autres régions du monde. S’il rencontre le succès escompté, il pourrait devenir une référence pour la manière dont les écoles de commerce du monde entier s’engagent sur les questions urgentes de droits humains et proposent des solutions concrètes à fort impact.