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Institut Sustainability & Organizations

L’entreprise régénérative : de la promesse au modèle d’action

Et si les modèles économiques pouvaient non seulement limiter leur impact négatif — mais aussi régénérer activement les écosystèmes et les communautés dont ils dépendent ? C’est la question posée dans un nouveau livre blanc de HEC Paris, « Le shift régénératif : 7 attributs et 7 archétypes pour inspirer l’action », co-écrit par Laurence Lehmann-Ortega, professeure de stratégie à HEC Paris, et Sarah Dubreil, fondatrice de circl.earth.Un nouveau livre blanc publié par HEC Paris explore comment les stratégies régénératives peuvent aider les dirigeants à aller au-delà du développement durable.

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À partir de l’étude de 39 organisations pionnières, les autrices allient recherche de terrain et analyse académique rigoureuse pour proposer un cadre concret permettant de définir et d’opérationnaliser l’entreprise régénérative.

Ce travail propose deux contributions clés :

  • Sept attributs fondamentaux qui définissent la maturité régénérative ;
  • Sept archétypes d’entreprise régénérative pour guider l’action stratégique.

Les point clés

  • Le rapport identifie sept attributs, allant de l’impact systémique à la gouvernance de long terme, comme indicateurs de capacité régénérative.
  • La régénération n’est pas une identité figée, mais une compétence stratégique évolutive.
  • Sept archétypes concrets montrent comment la régénération est déjà mise en œuvre dans divers secteurs et régions.
  • Ce cadre permet aux dirigeants de repenser l’entreprise non comme un simple extracteur de valeur, mais comme un acteur co-évolutif des systèmes sociaux et écologiques.

Pourquoi la régénération dépasse le développement durable

Les autrices partent d’un constat clair : réduire les dommages ne suffit plus.

Avec six des neuf limites planétaires dépassées et des inégalités sociales en augmentation, elles appellent les entreprises à passer d’une logique d’efficacité à une logique de vitalité écologique et sociale. Ce tournant n’est pas seulement éthique : il est aussi stratégique, car il favorise la résilience et la création de valeur à long terme.

Inspirée de la Doughnut Economics (Raworth, 2012) et des travaux récents sur les stratégies régénératives (Hahn & Tampe, 2021), cette recherche décrit la régénération en pratique — et comment la stratégie peut l’accélérer.

Conclusion ? La régénération exige plus que de nouveaux indicateurs. Elle requiert un changement profond de finalité, de temporalité, et d’ancrage territorial, en alignement avec les systèmes vivants.

Les 7 attributs d’une entreprise régénérative

Les chercheuses identifient sept attributs clés qui constituent une trajectoire de transformation stratégique :

  1. Impact systémique : L’entreprise améliore-t-elle la santé de son écosystème ?
  2. Relation à la nature : Extrait elle ou co-évolue-t-elle avec les écosystèmes ?
  3. Élévation du potentiel humain : Le leadership cultive-t-il l’adaptabilité, le soin, l’autonomie ?
  4. Ancrage local : L’entreprise est-elle enracinée dans son territoire et ses communautés ?
  5. Temporalité : Les décisions sont-elles alignées avec les cycles planétaires de long terme ?
  6. Design organisationnel : Les mécanismes de gouvernance et d’actionnariat soutiennent ils la régénération ?
  7. Impacts positifs nets : L’entreprise améliore-t-elle le bien-être humain et écologique ?

Chaque attribut est évalué sur un continuum : Exploiter → Restaurer → Préserver → Régénérer. Peu d’organisations atteignent une maturité régénérative complète — mais toutes peuvent amorcer le changement.

Les 7 archétypes de l’entreprise régénérative

Pour illustrer le cadre, le rapport identifie sept archétypes stratégiques déjà à l’œuvre :

  1. Réseau de fournisseurs régénératifs
    Exemple : Lush avec ses pratiques d’agroécologie et de distillation neutre en carbone en Indonésie.
  2. Marque pionnière pour la régénération
    Exemple : Patagonia, dont l’actionnariat a été transféré à une fondation dédiée à la planète.
  3. Régénération activée par le marché
    Exemple : Guayaki, qui finance la reforestation via les ventes de yerba maté.
  4. Convocateur systémique
    Exemple : Savory Institute, qui certifie des pratiques d’agriculture régénérative.
  5. Facilitateur de capacités collectives
    Exemple : Convention des Entreprises pour le Climat, accompagnant des PDG français dans leur transformation régénérative.
  6. Site régénératif
    Exemple : La Ferme du Rail à Paris, mêlant alimentation, logement et insertion sociale.
  7. Catalyseur de communautés régénératives
    Exemple : Comfama en Colombie, qui favorise la résilience territoriale et l’inclusion.

Ces archétypes offrent des points d’entrée concrets et adaptables, mais partagent tous un état d’esprit commun : la régénération comme pratique systémique continue.

Construire sa capacité régénérative

Un des messages clés du rapport : aucune entreprise ne naît régénérative.

La régénération est un processus, pas un statut. Elle repose sur la capacité à restaurer les systèmes dont l’entreprise dépend — et à entraîner ses parties prenantes dans cette dynamique.

Cette capacité peut être directe (restauration écologique) ou indirecte (transformation des fournisseurs). Elle peut démarrer localement avant de s’étendre à une filière.

Quel que soit le point de départ, cette démarche exige leadership, expérimentation et vision de long terme.
Le livre blanc propose à la fois un outil de diagnostic et un guide stratégique : pour se situer, et pour évoluer.

Concevoir la santé systémique

Pour conclure, les autrices affirment que la régénération constitue la prochaine frontière stratégique pour les entreprises — essentielle non seulement pour l’éthique, mais aussi pour la résilience, la confiance, et la compétitivité dans un monde incertain.

Les organisations qui restaurent les écosystèmes, partagent la valeur et favorisent l’apprentissage collectif auront un avantage durable et contribueront à façonner un avenir désirable.

Cette recherche appelle dirigeants, décideurs publics et entrepreneurs à dépasser la logique de réduction d’impact — et à réinventer la création de valeur.

Parce que lorsque le business s’aligne avec le vivant, tout le monde y gagne.