Une nouvelle étude HEC révèle que les banques augmentent les taux d’emprunts des entreprises après des attaques de vendeurs à découvert
Une nouvelle étude HEC révèle que les banques augmentent les taux d’emprunts des entreprises après des attaques de vendeurs à découvertLes entreprises confrontées à une forte attention publique voient leurs taux d’emprunt augmenter en moyenne de 8%, même lorsque leur risque de crédit réel ne progresse pas.
Une nouvelle étude publiée cet été dans la Review of Finance, menée par les professeurs Albert Kwame Mensah, Luc Paugam et Hervé Stolowy (HEC Paris), en collaboration avec Jeong-Bon Kim (Simon Fraser University), démontre que les banques peuvent tirer parti des attaques publiques menées par des vendeurs à découvert activistes, en imposant des taux d’intérêt plus élevés que ce que leur risque réel justifierait.
L’étude a examiné plus de 2 700 prêts bancaires accordés à des entreprises américaines entre 2008 et 2018, en se concentrant sur les sociétés ciblées par des vendeurs à découvert, ces investisseurs qui critiquent publiquement les entreprises et parient contre leurs cours boursiers. Ces critiques publient souvent des rapports détaillés mettant en avant des fraudes comptables, des irrégularités ou d’autres fautes de gestion.
En moyenne, les banques ont relevé les taux d’intérêt de 8 % après ces attaques, même en tenant compte de l’évolution réelle du risque financier des emprunteurs.
« Les banques semblent profiter des entreprises au moment où elles sont les plus vulnérables », explique le Prof. Mensah. « Même après avoir pris en compte le risque réel, certaines banques continuent d’appliquer des taux plus élevés, ce qui révèle un comportement opportuniste. »
L’effet se maintient plusieurs années et s’amplifie lorsque les régulateurs confirment ultérieurement les allégations des vendeurs à découvert. Les entreprises confrontées aux accusations les plus graves, telles que la fraude ou les irrégularités comptables, subissent un impact 1,5 fois supérieur à celui observé pour des accusations moins sérieuses. Ces résultats confirment que les banques adoptent une attitude plus opportuniste lorsque les emprunteurs font face à des accusations susceptibles d’entacher leur réputation ou leur solidité financière.
Les vendeurs à découvert activistes sont apparus principalement après la crise financière de 2007, publiant des rapports négatifs de type « forensic » qui perturbent les marchés financiers. Bien que leurs analyses permettent de révéler des problèmes majeurs dans certaines entreprises, elles entraînent aussi une conséquence imprévue : ces attaques limitent l’accès des entreprises à d’autres sources de financement. Les banques déjà engagées dans une relation de prêt disposent alors d’un pouvoir de négociation accru, leur permettant de relever les taux sans craindre de perdre ces clients, car les entreprises ciblées changent rarement d’établissement prêteur.
Cette étude apporte de nouvelles preuves sur la manière dont les banques réagissent à l’exposition publique de leurs clients et sur la façon dont les prêteurs peuvent exploiter l’adversité des emprunteurs.