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Institut Sustainability & Organizations

Les étudiants d'HEC Paris ouvrent le débat sur les réalités du devoir de vigilance en matière de droits humains

Cette semaine, des étudiants de différents programmes Grande École d'HEC ont eu l'opportunité d'échanger avec Kerstin Waltenberg, Chief Human Rights Officer (Responsable des Droits Humains) du groupe Volkswagen. Cette rencontre a offert un regard privilégié sur les défis concrets liés à la mise en œuvre du devoir de vigilance au sein d'un groupe industriel mondial.

Un rôle créé de toutes pièces

Nommée en 2022, quelques mois avant l'entrée en vigueur de la loi allemande sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement (Lieferkettengesetz), Kerstin Waltenberg a eu pour mission de créer une fonction qui n'existait pas auparavant au sein du groupe. De par la loi, son rôle englobe le suivi et la supervision de la gestion des risques liés aux droits humains à travers l'immense écosystème de Volkswagen, qui comprend actuellement plus de 2 100 entités et environ 85 000 fournisseurs directs dans le monde.

S'adressant aux étudiants, elle a décrit sa mission et celle de son département comme étant à la fois hautement stratégiques et structurellement complexes. « Nous ne sommes ni les achats, ni le juridique, ni la conformité — mais nous les supervisons tous », a-t-elle expliqué, soulignant la nature transversale et de contrôle de cette fonction sous l'égide de la législation allemande.

De l'obligation légale à la pratique d'entreprise

L'échange a suscité une discussion animée sur les réalités quotidiennes qui se cachent derrière les engagements des entreprises. Kerstin Waltenberg a expliqué comment les obligations législatives ou juridiques impulsent, façonnent et agissent souvent comme un catalyseur pour toute fonction de gestion des risques, y compris celle des responsables de la conformité ou des droits humains. Elle a également précisé que son expérience préalable en tant que responsable de la conformité (Compliance Officer) et sa formation juridique ont été essentielles pour faire progresser le dialogue sur les droits humains au sein du groupe Volkswagen.

Dépasser l'approche de la « simple case à cocher »

L'un des thèmes centraux de la discussion a été la relation entre les processus formels — tels qu'ils sont conçus de manière théorique, généralement axés sur le respect des obligations légales — et leur mise en œuvre effective après l'épreuve de la pratique.

Kerstin Waltenberg a partagé l'expérience de Volkswagen, qui a choisi de dépasser les outils standards de l'industrie, tels que les questionnaires fournisseurs à grande échelle. Ces derniers génèrent souvent des volumes de données massifs (« data lakes »), mais n'offrent parfois qu'une vision limitée sur des domaines sensibles comme les droits humains. Son équipe, dans le cadre d'un projet mené conjointement avec les directions des Achats, du Juridique et de la Conformité du groupe, a développé une approche plus ciblée, fondée sur le risque et sans questionnaires. En identifiant un sous-groupe plus restreint de fournisseurs associés à des risques concrets, cette méthode permet une réponse préventive ciblée sous la forme d'audits thématiques, de visites de sites et d'études d'impact.
 

 

Le coût d'un devoir de vigilance porteur de sens

Toute procédure de gestion des risques supplémentaire est inévitablement liée à des implications opérationnelles et financières, parfois significatives. S'appuyer sur un système de gestion des risques déjà existant, comme l'a fait le groupe Volkswagen, présente l'avantage de ne pas partir de zéro. Cela nécessite toutefois d'identifier et de gérer les interfaces entre l'ancien et le nouveau. Les synergies potentielles ne sont généralement identifiées qu'après une première année d'expérience pratique, et ce n'est qu'à ce moment-là que l'on peut réellement en récolter les bénéfices.

Les étudiants ont exploré la relation entre la nécessité d'un devoir de vigilance rigoureux et les imprévus qui y sont associés. Le coût est un facteur déterminant ; aucun système ne peut fonctionner sans ressources. Kerstin Waltenberg a souligné qu'une surveillance sérieuse des droits humains exige non seulement ces ressources, mais aussi un engagement interne soutenu.

Naviguer dans la complexité des chaînes d'approvisionnement mondiales

La discussion a également porté sur la complexité croissante des chaînes d'approvisionnement mondiales, en particulier dans les régions touchées par des conflits. Répondant à une question de Mayada Adil (boursière du programme HEC Imagine) sur les risques liés aux droits humains au Soudan, Kerstin Waltenberg a souligné la difficulté de tracer les risques au sein de réseaux de fournisseurs à plusieurs niveaux (multi-tiered). Elle a insisté sur le temps et la coopération nécessaires de la part de toutes les parties prenantes pour mener des audits de terrain approfondis ou des études d'impact sur les droits humains dans de tels contextes. Waltenberg a également partagé des exemples concrets et des défis courants que les étudiants pourraient eux-mêmes rencontrer au cours de leur future carrière face à des problématiques liées aux droits humains.

Faire le pont entre théorie et pratique

Pour les étudiants, cette session organisée par Charles Autheman, maître de conférences à HEC Paris en « Business & Human Rights », a constitué une passerelle précieuse entre les concepts académiques et la pratique réelle. Elle a souligné l'importance de l'esprit critique, de l'adaptabilité et de la persévérance pour relever les défis de la durabilité au sein des grandes organisations. La discussion, à laquelle ont participé les étudiants de son cours électif (niveaux Bachelor et Master), a également réuni des étudiants d'autres programmes, notamment du Master Sustainability and Social Innovation et du Certificat Impact Investing & Entrepreneurship for Systemic Change.

Des membres du corps professoral, tels que Matteo Winkler et François Gemenne, étaient également présents. Leur participation, ainsi que cet échange, reflètent la volonté et l'engagement d'HEC Paris à favoriser le dialogue entre les étudiants et les praticiens de premier plan sur les enjeux les plus pressants à l'intersection des affaires et de la société.