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©2025 Olivia Lopez - HEC Paris. Visuel généré avec Midjourney.

Pourquoi les sociétés de Private Equity devraient inclure plus de femmes

Les équipes d'investissement équilibrées en termes de genre sont plus performantes. Oliver Gottschalg, chercheur à HEC, explique comment cette mixité améliore les rendements et la stratégie du capital-investissement.

L’essentiel
  • Les équipes comptant au moins une femme dépassent les équipes masculines en termes de rendement et de préservation du capital.
  • Les comités d'investissement paritaires améliorent le taux de rentabilité de 12 % en moyenne.
  • Les rachats d'entreprises par des femmes sont plus fréquents dans les biotechnologies et les technologies de l'information et leurs durées de détention sont plus longues.
  • Notre base de données portant sur 20 ans et sur 2 454 transactions, démontre l'impact de la mixité sur la performance.
  • Les modèles et les changements structurels sont essentiels pour attirer davantage de femmes

Pourquoi la diversité des genres n’est pas seulement une question d’équité

Aux échelons supérieurs du capital-investissement, les hommes sont dix fois plus nombreux que les femmes. Outre l'égalité des sexes, ce déséquilibre est également peu judicieux sur le plan économique. C'est le point de départ de notre dernière étude à HEC Paris, où nous avons examiné l'impact de la répartition hommes-femmes au sein des équipes de transaction sur la performance. Notre conclusion : les équipes comptant au moins une femme sur-performent systématiquement leurs homologues exclusivement masculines.

Nous analysons les données et leurs implications pour la diversité, le leadership et la performance. Dans l'ensemble du secteur des services financiers, les inégalités entre les sexes persistent, mais le capital-investissement semble particulièrement résistant. Au niveau des conseils d'administration, le capital-investissement accuse un retard de deux pour un sur les autres secteurs financiers en termes de représentation des sexes.

Les femmes n'occupent que 9,4 % des postes à responsabilité dans le capital-investissement. La tendance est encore plus inquiétante : le nombre de femmes à la tête des transactions est passé de 5 % avant 1995 à seulement 1 % entre 2006 et 2015. Face à ces chiffres, nous nous sommes posés une question fondamentale : la diversité des sexes influence-t-elle la performance ? La réponse, selon nos conclusions, est oui, et de loin.

Ce que disent les données sur les équipes équilibrées entre les sexes

Lorsque Lise Fauconnier, d'Ardian, a dirigé l'investissement de la société dans le spécialiste de la logistique Staci, il ne s'agissait pas d'une simple opération réussie. Elle illustrait la performance des équipes mixtes en capital-investissement, qui sur-performaient les équipes exclusivement masculines. Avec le soutien de MVISION et l'Observatoire du Capital-Investissement d'HEC, nous avons analysé 2 454 opérations réalisées par 220 fonds sur une période de 20 ans, gérées par 51 gérants.

À l'aide d'indicateurs robustes tels que l'alpha PERACS, le ratio valeur totale sur apport (TVPI) et le taux de rendement interne (TRI), nous avons mesuré la performance des équipes mixtes. En moyenne, les comités comptant au moins une femme ont obtenu un TRI supérieur de 12 % et ont généré 52 cents de plus par dollar investi que les équipes exclusivement masculines.

Ces équipes présentaient également des ratios de pertes en capital significativement plus faibles, de 8 % à 12 %. Les opérations menées par des femmes étaient plus fréquentes dans des secteurs comme la biotechnologie et l'informatique et étaient associées à des périodes de détention plus longues. Cela peut suggérer des stratégies plus transformatrices ou simplement moins de ventes prématurées, avec des équipes attendant que la pleine valeur soit créée.

Comment nous avons élaboré l'étude la plus complète à ce jour

Pour obtenir ces informations, nous avons collaboré avec des leaders du secteur et exploité des données confidentielles mises à disposition par des sociétés de capital-investissement et des cabinets de conseil. Notre étude est unique par son ampleur et sa profondeur. Contrairement aux analyses précédentes qui ne faisaient qu'évoquer une corrélation entre le genre et la performance, nous apportons des preuves empiriques en utilisant des données de performance issues d'un marché transatlantique mature.

L'étude s'est appuyée sur la composition par sexe des comités d'investissement, recoupée avec les résultats des transactions. Il s'agit de l'analyse la plus complète et la plus riche en données à ce jour sur l'impact du genre sur la performance du capital-investissement.

Pourquoi l'écart persiste malgré les preuves

Nous avons présenté nos conclusions lors d'une table ronde à New York réunissant des femmes éminentes du secteur. L'une des intervenantes, Sheryl Schwartz, nommée parmi les « Femmes les plus influentes en fusions-acquisitions sur le marché intermédiaire » par Mergers & Acquisitions, a posé une question rhétorique simple : « Avec de meilleures performances et des taux de perte plus faibles, pourquoi les sociétés de capital-investissement n'intégreraient-elles pas des femmes dans leurs équipes de transaction ?»

C'est une bonne question. Mais les réponses sont multiples. Premièrement, les femmes restent sous-représentées dans les écoles de commerce et sont encore moins nombreuses à s'orienter vers la finance. Deuxièmement, des obstacles structurels : de longues journées de travail, une concurrence intense et une flexibilité limitée rendent l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée particulièrement difficile pour les femmes. Et dans de nombreuses entreprises, les femmes doivent encore travailler davantage pour accéder aux mêmes opportunités de leadership que les hommes.

Ce qui doit changer dans la culture du capital-investissement

Nous pensons qu'il existe des solutions. Certaines impliquent de repenser les structures de poste afin de rendre les carrières dans le capital-investissement plus compatibles avec les aspirations de nombreuses femmes. Les entreprises devraient également systématiser l'inclusion, plutôt que de s'appuyer sur des champions isolés. Il est important que les hommes deviennent des alliés actifs. Les opportunités de carrière dont ont bénéficié les femmes les plus performantes de notre étude ont probablement été offertes par des sponsors et mentors masculins. Promouvoir la diversité des genres n'est pas seulement une question de justice, c'est aussi une question de logique financière. Les données le confirment.

À HEC Paris, nous nous efforçons d'apporter notre contribution. Dans notre cours optionnel CEMS actuel sur les rachats d'entreprises par les cadres, 52 % des participants sont des femmes. Nombre d'entre elles ont déjà effectué des stages en capital-investissement. Cela suggère que le changement est en marche et que la prochaine génération de négociateurs pourrait être très différente de la précédente.

Méthodologie

Nous avons analysé 2 454 transactions réalisées sur 20 ans par 51 gérants de 220 fonds en Europe et en Amérique du Nord. La performance a été évaluée à l'aide des indicateurs standards du capital-investissement : TRI, PERACS Alpha, TVPI et ratio de perte. La composition des équipes d'investissement par sexe a été déduite et analysée en lien avec la performance des transactions.

Applications

Ces résultats ont des implications claires pour les sociétés de capital-investissement, les commanditaires et les enseignants. Promouvoir la mixité au sein des comités d'investissement n'est pas seulement un impératif moral : elle permet d'obtenir de meilleurs résultats financiers. Les entreprises peuvent impulser le changement en adaptant leurs pratiques de recrutement, de mentorat et de fidélisation, tout en créant des parcours transparents permettant aux femmes de diriger les transactions.

Oliver Gottschalg
L’auteur
Prof. Oliver Gottschalg
Professeur associé, Chaire Antin Infrastructure Partners « Private Equity & Infrastructure » - Stratégie et Politique d’Entreprise

Oliver Gottschalg est titulaire de la Chaire Antin « Private Equity & Infrastructure ». Les recherches d’Oliver Gottschalg portent sur la logique stratégique et les déterminants de la performance des investissements en capital-investissement (private equity). Un second axe de ses travaux s’intéresse...

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