- À l’approche de la 98ᵉ cérémonie des Oscars, prévue le dimanche 15 mars 2026, cette recherche rappelle que la reconnaissance influence le référentiel que les gens utilisent pour juger de la qualité.
- Après une nomination, les notes des films sélectionnés chutent par rapport à celles des films non nommés.
- Les chercheurs identifient un « effet de déception » à l’aide d’une méthode de correspondance basée sur les recommandations, conçue pour neutraliser les biais de sélection liés aux goûts.
- À court terme, cet effet de déception représente plus de 7 % de l’écart de notation initial entre films nommés
La cérémonie des Oscars approche, et les favoris sont déjà connus. Annoncées le 22 janvier, les nominations mettent en lumière Sinners de Ryan Coogler — un record avec 16 nominations, du jamais vu pour un seul film — suivi de One Battle After Another de Paul Thomas Anderson, avec 13 nominations. Parmi les autres prétendants majeurs au titre de Meilleur Film : Frankenstein, Hamnet, Marty Supreme, Sentimental Value, The Secret Agent et Train Dreams. Sans aucun doute, une impulsion décisive pour ces films. Mais quel effet produit-elle sur les spectateurs ?
Les prix, labels et nominations sont censés rassurer sur la qualité. Pourtant, que se passe-t-il si ces signaux de reconnaissance créent en réalité… des attentes impossibles à satisfaire ? En s’appuyant sur 24 années de données autour des Oscars, les professeurs Michelangelo Rossi (HEC Paris) et Felix Schlieff (Hi! Paris) analysent une conséquence contre-intuitive : les nominations augmentent les attentes au point de diminuer la satisfaction perçue, lorsque l’expérience ne correspond pas à la nouvelle référence mentale.
Quand la reconnaissance élève la barre
C’est une anecdote personnelle qui a lancé Michelangelo Rossi dans cette décennie de recherche sur les Oscars. Dans un épisode du podcast Breakthroughs, il raconte comment tout a commencé, un soir où il regardait La La Land avec sa future épouse. Le film, porté par 14 nominations — égalant le record absolu — avait fait l’objet d’un battage médiatique énorme. Et pourtant, tous deux ont ressenti un décalage entre ce qu’ils attendaient et ce qu’ils ont vu à l’écran. Rossi a alors eu une intuition : une nomination peut attirer un public qui n’aurait pas choisi le film spontanément. Il décide d’enquêter plus en profondeur.
Huit ans plus tard, dans un working paper publié en 2025, il pose une question simple : les signaux de qualité agissent-ils réellement comme des marqueurs positifs pour les consommateurs ? Avec Schlieff, il analyse les nominations aux Oscars entre 1995 et 2019 dans les principales catégories, soit 427 films présents sur MovieLens.
Résultat : en moyenne, les films nommés affichent des notes plus élevées avant la nomination qu’après (3,841 contre 3,697). Le volume de notation explose post-nomination, mais l’appréciation baisse. Rien n’a changé dans le film lui-même — seule l’attente a évolué.
Comment mesurer la déception, au-delà du profil des spectateurs
Le défi, pour Rossi et Schlieff, est de distinguer deux dynamiques :
1. L’effet de sélection, qui correspond au changement de public après une nomination ;
2. L’effet de déception, lorsque les spectateurs évaluent plus sévèrement en raison d’attentes accrues.
Pour isoler cette déception, les auteurs utilisent une approche de correspondance fondée sur les recommandations. Ils entraînent un système de recommandation sur les notes publiées avant les nominations afin de modéliser les préférences, puis comparent ces utilisateurs avec des profils similaires ayant noté les films après les nominations.
Ce que montrent les données
Sur la période analysée (1995–2019), les notes des films nommés baissent sensiblement après leur nomination, comparées à celles des films non nommés. Cela confirme que les signaux de qualité peuvent engendrer une forme de frustration. Mais Rossi y voit un espoir : « On observe que l’effet de déception décroît avec le temps, ce qui suggère que les spectateurs apprennent à mieux calibrer leurs attentes. »
La baisse moyenne peut sembler faible (de 3,841 à 3,697 étoiles), mais l’écart initial entre films nommés et non nommés étant faible, ce changement compte. L’effet de déception à court terme explique plus de 7 % de cet écart pré-nomination. Une autre analyse, sur une fenêtre temporelle de 80 jours avec une méthode de difference-in-differences, confirme une baisse d’environ -0,018 étoile.
Qui est le plus déçu ?
Ce sont les spectateurs les moins expérimentés — ceux qui notent rarement — qui manifestent l’effet de déception le plus marqué. « Ce sont des gens qui vont au cinéma une fois par an… et qui comptent sur la nomination comme signal externe », explique Rossi.
L’étude interprète cela comme un signe que ces publics s’appuient davantage sur les labels pour choisir un film — et qu’ils sont donc plus susceptibles d’être déçus si leurs attentes sont exagérées.
Un enjeu stratégique pour les marques et dirigeants
Le message est inconfortable, mais utile : les signaux de qualité n’attirent pas seulement l’attention — ils redéfinissent le standard d’évaluation. Dans un monde saturé de classements, de prix, de labels « top » ou « best-of », cette recherche met en lumière un risque concret : si la reconnaissance gonfle les attentes au-delà de ce que l’expérience délivre, la satisfaction baisse.
Et cette logique dépasse largement le cinéma. Selon Rossi, notes, classements, badges « great place to work » ou certifications prestigieuses peuvent tous agir comme des amplificateurs d’attentes. Sans gestion stratégique de ces signaux, les entreprises risquent une perte de crédibilité. La reconnaissance n’est pas un danger en soi, conclut le professeur de marketing à HEC Paris. Mais elle peut produire des effets pervers si les attentes générées dépassent la promesse réelle.
Une traduction assistée par LLM.
Sources
Article fondé sur le podcast Breakthroughs avec Michelangelo Rossi, professeur assistant, et sur son working paper coécrit avec Felix Schleef, chercheur Hi! PARIS (postdoctorant), intitulé « Quality Disclosures and Disappointment: Evidence from the Academy Nominations », septembre 2025.