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©2025 Olivia Lopez - HEC Paris. Visuel généré avec Midjourney.

Révolutionner la gestion de la santé en RDC

Intelligence artificielle, genre et gouvernance s’entremêlent dans une étude novatrice menée auprès de 1 000 centres de santé. Anicet Fangwa, doctorante à HEC, partage son expérience du terrain en République Démocratique du Congo.

L’essentiel
  • Une bonne gouvernance renforce l'impact des financements sur les résultats en matière de santé.
  • La présence de femmes à des postes de direction améliore la qualité des services grâce à une approche descendante.
  • Ce sont les pratiques de gestion, et pas seulement l'expertise médicale, qui réduisent la mortalité infantile.
  • Un contrôle rigoureux et le respect des directives de l'OMS permettent de réduire la mortalité de 50 %.
  • Notre cadre pourrait transformer les soins dans les pays à faible revenu.

Indicateurs de santé dévastateurs

Les statistiques sont alarmantes : à seulement sept ans de l’échéance, la plupart des pays africains sont confrontés à un défi colossal pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. De ce fait, près de 500 millions d’Africains pourraient vivre dans l’extrême pauvreté d’ici 2030, et au moins 70 % d’entre eux pourraient encore s’y trouver en 2050.

C’est la principale raison pour laquelle nous avons consacré nos recherches universitaires à la recherche de solutions pratiques intégrant notre formation en ingénierie et en stratégie. Notre travail sur 1 000 dispensaires en République démocratique du Congo pourrait avoir des répercussions considérables sur la gestion de la santé à l’échelle du continent.

Dans le podcast Breakthroughs (en anglais) de HEC, nous décrivons nos découvertes et expliquons comment nos conclusions pourraient être appliquées plus largement. Nous revenons également sur l'impact positif des femmes dirigeantes dans ces centres de santé.

Pourquoi nous concentrer sur la RDC comme miroir de l'Afrique

Je suis né au Cameroun, et la RDC a toujours représenté pour moi un immense pays au potentiel inexploité, mais aussi un pays marqué par les crises, la guerre civile et l'instabilité.

Étudier la RDC était pour moi une façon d'appréhender l'Afrique dans son ensemble. Nous la considérions comme une version miniature du continent, et nous espérions que si de nouvelles solutions pouvaient y fonctionner, elles pourraient également fonctionner ailleurs.

Pourquoi les pratiques managériales sont aussi importantes que l'argent

En République démocratique du Congo, le système de santé fonctionne selon une structure pyramidale façonnée par le contrôle gouvernemental et les interventions des ONG et des organisations à but non lucratif. Notre recherche s’est concentrée sur la façon dont les pratiques managériales au sein de ce système influencent les résultats de l’aide qu’il reçoit. Nous avons abordé ce sujet sous l'angle de la gouvernance stratégique et examiné comment les comportements, et non seulement les ressources économiques, déterminent les résultats.

Nous avons abordé le sujet sous l’angle de la gouvernance stratégique et examiné comment le comportement — et pas seulement les apports économiques — détermine les résultats.

Plutôt que de nous contenter d'examiner les sommes allouées aux cliniques, nous avons étudié les procédures et les pratiques en vigueur : comment les organisations réalisent des audits, fournissent des retours d'information, forment leur personnel et interagissent avec les bénéficiaires. En bref, nous avons analysé l'impact du management.

Comment une bonne gouvernance réduit la mortalité infantile

L'une de nos principales conclusions est que le financement à lui seul accroît le volume d'activité du système de santé, mais pas nécessairement sa qualité. Sans une gouvernance adéquate, davantage de fonds se traduisent simplement par une distribution accrue de médicaments et une augmentation du nombre de patients vus, sans pour autant améliorer les résultats pour ces derniers.

Mais lorsque nous avons mis en place des pratiques de gouvernance saines – notamment la supervision, des mécanismes de retour d'information et des structures de responsabilisation – la qualité et le volume des soins ont progressé. Pour évaluer la qualité, nous nous sommes concentrés sur la mortalité infantile. Dans les cliniques où des mécanismes de gouvernance ont été appliqués, nous avons constaté une baisse de près de 50 % de la mortalité sur une période de quatre ans.

Ce constat est d'autant plus préoccupant que la RDC figure parmi les pays les plus dangereux au monde pour y naître, avec un taux de mortalité infantile de 70 décès pour 1 000 naissances (Unicef, 2020). À titre de comparaison, les États-Unis enregistrent 6 décès pour 1 000 naissances et la France 4. 

Surtout, l’amélioration de la gouvernance ne nécessitait ni nouveau personnel médical ni technologies coûteuses. Elle exigeait simplement de former le personnel existant au respect rigoureux des protocoles de l’OMS et de mettre en place des systèmes de contrôle garantissant la continuité des soins.

Notre découverte sur les femmes dirigeantes dans les centres de santé

Dans mon second article, j'ai étudié l'influence des dynamiques de genre sur le leadership en santé en RDC, une société fortement patriarcale. J'ai constaté que les centres de santé dirigés par des femmes tendent à offrir des soins de meilleure qualité. Cependant, contrairement à certaines études occidentales, ces mécanismes ne reposent ni sur la collaboration ni sur la recherche de consensus.

J'ai constaté que les femmes dirigeantes en RDC étaient plus efficaces car elles privilégiaient un style de management plus vertical. Elles organisaient moins de réunions, déléguaient moins et prenaient des décisions de manière plus autonome. J'ai interprété cela comme une adaptation stratégique aux dynamiques de genre propres à la région. En évitant les conflits et en affirmant leur autorité, ces dirigeantes ont pu contourner les biais structurels et améliorer la performance de leur organisation.

Bien que mes données ne me permettent pas encore d’évaluer pleinement l’impact de ces styles de leadership dans les zones de conflit communautaire ou de tensions ethniques, je soupçonne que les femmes dirigeantes soient également plus enclines à traiter les patients avec équité – un sujet que nous prévoyons d’explorer plus en profondeur.

Methodologie

Nous avons mené une étude de terrain pluriannuelle auprès de 1 000 centres de santé ruraux en République démocratique du Congo. Nos données portaient sur la composition de l’équipe dirigeante, les structures de gouvernance, les niveaux de financement, les pratiques médicales courantes et des indicateurs de résultats tels que la mortalité infantile. Nous avons utilisé une approche mixte combinant analyse quantitative, entretiens de terrain et observations organisationnelles. Nous avons ensuite élaboré un cadre d’analyse gouvernance-performance afin d’étudier l’impact des différentes approches de gestion sur les résultats dans des contextes de soins de santé fragiles.

Applications

Nos recherches offrent des outils fondés sur des données probantes aux ONG, aux agences publiques et aux bailleurs de fonds du secteur de la santé mondiale qui cherchent à optimiser l'efficacité de leurs financements au développement. En intégrant la gouvernance comportementale à leur stratégie d'aide, les organisations peuvent garantir que les fonds se traduisent par un impact concret sur le terrain. Nos conclusions plaident également en faveur d'une plus grande inclusion des femmes aux postes de direction dans le secteur de la santé et au-delà, notamment dans les contextes post-conflit où les hiérarchies traditionnelles peuvent entraver la collaboration.

Une traduction assistée par LLM.

Sur The Conversation : République démocratique du Congo : la qualité des centres de santé n’est pas qu’une question de financement

Sources

Article du Dr Fangwa et des professeurs Marieke Huysentruyt et Bertrand Quélin (HEC Paris), et Caroline Flammer (Université Columbia), basé sur leur article de recherche intitulé (en anglais) « The Governance of Non-Profits and their Social Impact: Evidence from a Randomized Program in Healthcare in the Democratic Republic of Congo », publié dans Management Science en 2023.

anicet fangwa
L’auteur
Anicet Fangwa
Doctorant

Anicet Fangwa, doctorant au département de Stratégie et Politique d’Entreprise à HEC Paris, s’intéresse aux organisations hybrides, aux stratégies collaboratives et à la création de valeur sociale. Avant de rejoindre le programme doctoral d’HEC, il a travaillé pendant un an comme analyste en...

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