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©2025 Olivia Lopez - HEC Paris. Visuel généré avec Midjourney.

L’intelligence artificielle menace-t-elle la démocratie ou peut-elle la sauver ?

Alors que l’IA redéfinit nos sociétés, Yann Algan et Gilles Babinet débattent à HEC Paris des risques politiques… et des promesses démocratiques.

L’essentiel
  • Les initiatives liant IA et démocratie sont en majorité portées par la société civile et les entreprises tech. Les États et le monde académique sont peu représentés.
  • L’IA menace la démocratie : manipulation émotionnelle, polarisation, gouvernance algorithmique incontrôlée.
  • Trois visions du futur émergent : régulation défensive, démocratie augmentée, gouvernance libertarienne.
  • Transparence des algorithmes, supervision citoyenne et éducation à l’IA sont les piliers d’une démocratie résiliente.
  • Il faut une voie équilibrée : une IA au service de la démocratie, et une démocratie qui encadre l

Pourquoi ce débat devient urgent

L’IA transforme déjà nos manières de nous informer, de débattre, de décider. Mais qui en fixe les règles ? Qui en contrôle les usages ? Et surtout : le progrès technologique renforce-t-il ou fragilise-t-il nos démocraties ?

Ce sont ces grandes questions que posent le professeur Yann Algan, doyen associé à HEC Paris, et Gilles Babinet, entrepreneur et enseignant de machine learning à HEC, dans un rapport qui cartographie les visions du futur démocratique à l’ère de l’intelligence artificielle.

Qui pilote (vraiment) les initiatives IA et démocratie ?

Aujourd’hui, les projets associant intelligence artificielle et démocratie sont largement impulsés par la société civile (fondations, ONG) et les grandes entreprises technologiques. Les gouvernements et les universités restent en retrait dans ce débat crucial. Ces initiatives sont fortement concentrées aux États-Unis, beaucoup plus qu’en Europe ou ailleurs.

Cartographie des initiatives d'IA dans le monde

AI initiatives in the world mapping

 

Cette répartition soulève une alerte majeure : l’essentiel des investissements sur ce sujet provient des géants du numérique. Un déséquilibre inquiétant qui pose la question de la privatisation des enjeux démocratiques. Rien n’est inéluctable en matière technologique. L’IA peut être une opportunité — à condition que les citoyens et les pouvoirs publics s’en emparent activement.

La technologie peut être une opportunité, mais seulement si les citoyens et les autorités publiques s'y engagent activement.

Nos recherches identifient trois grands types d’approches, qui traduisent autant de visions politiques du rôle de l’IA dans nos sociétés :

1. Protéger la démocratie de l’IA

Portée surtout par la société civile, cette approche défensive vise à protéger les institutions démocratiques face aux dérives de l’IA : deepfakes, manipulation émotionnelle, polarisation des débats publics, effets sur la santé mentale.

L’un des risques majeurs est la montée d’une « hypnocratie » : une gouvernance algorithmique qui manipule l’opinion via des contenus émotionnels amplifiés. Sommes-nous en train de fabriquer un « idiot numérique » ?

Pour contrer cela, plusieurs initiatives appellent à renforcer les cadres juridiques, instaurer une régulation indépendante et garantir la transparence algorithmique.

2. Réinventer la démocratie grâce à l’IA

Plus optimiste, cette vision explore le potentiel de l’IA pour améliorer la prise de décision publique. L’IA peut limiter certains biais humains, favoriser la co-construction citoyenne, et rendre l’administration plus efficiente.

Exemple marquant : Taïwan utilise des consultations ouvertes assistées par IA pour élaborer ses politiques publiques. Côté justice, certains projets visent à réduire les biais cognitifs dans les décisions.

Mais ces avancées soulèvent aussi des risques de déshumanisation du pouvoir public. L’émergence d’IA open source (comme Deepseek, soutenue par la Chine) renforce le besoin de contrôle démocratique mondial.

3. La montée d’une gouvernance IA libertarienne

Cette dernière approche — surtout promue par les figures libertariennes de la tech américaine — défend une gouvernance radicalement décentralisée, portée par des algorithmes.

Dans ce modèle, l’État se retire au profit d’organisations autonomes et distribuées (DAO en anglais). L’IA devient juge et partie. Mais cela pose plusieurs questions critiques :

  • Si les algorithmes sont pilotés par des intérêts privés, qui garantit leur équité ?
  • Où sont la redevabilité et le contrôle démocratique ?
  • La “liquid democracy” menace-t-elle la souveraineté populaire ?

Sur Forbes: A European Call To The AI Summit: Use AI To Bolster Democracy, Not Undermine It!

Vers une voie d’équilibre : une démocratie avec l’IA

Dans notre rapport, nous appelons à un chemin médian. L’enjeu dépasse l’IA : il s’agit de refonder la confiance démocratique à l’ère numérique.

1. Traiter les causes profondes du désenchantement démocratique. La crise de la démocratie représentative précède l’IA. Elle provient d’un sentiment d’abandon face à l’impuissance des institutions économiques et politiques à protéger les citoyens.

2. Reconnecter les individus via des espaces démocratiques physiques. Les plateformes numériques ont isolé les individus. Il faut recréer du lien réel : débats citoyens locaux, « cafés IA », lieux de délibération pluraliste.

3. Garantir un contrôle citoyen sur les algorithmes. Les algorithmes doivent être auditables, transparents et ouverts. Nous proposons la création d’assemblées citoyennes dédiées à la gouvernance de l’IA.

4. Miser sur l’éducation dès le plus jeune âge. L’alphabétisation à l’IA doit commencer tôt, pas seulement sur le plan technique, mais aussi pour apprendre la coopération, la pensée critique et la résilience collective.


Tout dépendra de nos choix politiques et collectifs. L’IA peut soit renforcer nos démocraties, soit les affaiblir durablement. Mais pour cela, il faut des institutions fortes, un débat public ouvert, et des citoyens outillés.

L’IA doit servir la démocratie. Et la démocratie doit encadrer l’IA.

Une traduction assistée par LLM.

Explication du Professeur Yann Algan en vidéo " L’IA menace-t-elle la démocratie ? "

Sources

Article basé sur l'article "AI and Democracy: The Coming Civilization" de Yann Algan et Gilles Babinet.

yann algan knowledge hec
L’auteur
Prof. Yann Algan
Directeur HEC Institutes - Professeur - Économie

Yann Algan est professeur d’économie à HEC Paris, qu'il a rejoint comme doyen associé aux programmes pré-expérience, après six années passées à Science Po en tant que doyen de l'Ecole d'Affaires Publiques. 

Il est également membre du Conseil d’analyse économique (CAE) et du Conseil scientifique de l...

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