Résumé
La performance des entreprises dépend de plus en plus des « métiers de la connaissance », ou “Knowledge jobs” en anglais : des fonctions spécialisées qui aident les organisations à comprendre les marchés, améliorer la qualité, affiner les caractéristiques des produits et s’adapter aux réglementations. Ces métiers ne relèvent pas du management au sens strict. Ils ne se limitent pas non plus aux activités de R&D. Ils regroupent des profils travaillant dans des domaines tels que le marketing, les services juridiques, l’IT, les achats, le conseil, les ventes, la modélisation économique ou encore les services interentreprises.
Leur importance n’a cessé de croître à mesure que les emplois de production déclinaient. Les entreprises qui emploient davantage de métiers de la connaissance tendent à produire des biens plus complexes, de meilleure qualité et plus diversifiés. Elles pratiquent également des marges plus élevées, innovent davantage et affichent de meilleures performances en matière de productivité et de rentabilité.
Ces effets ne se limitent pas à la recherche et au développement (R&D) : les fonctions de connaissance hors R&D ont elles aussi un impact mesurable. L’avantage concurrentiel ne repose donc plus uniquement sur l’efficacité de la production, mais aussi sur la capacité à concevoir, positionner et différencier intelligemment les produits.
Les capacités orientées vers la demande sont devenues essentielles à la compétitivité
Dans l’économie de la connaissance actuelle, produire efficacement ne suffit plus pour rester compétitif. Les entreprises manufacturières ayant largement externalisé et automatisé leur production, l’avantage concurrentiel ne dépend plus seulement de chaînes d’approvisionnement rationalisées ou d’une livraison rapide au moindre coût.
Les entreprises les plus performantes sont désormais celles qui parviennent à façonner la demande : en concevant des produits attractifs, en pilotant la qualité, en s’adaptant aux réglementations et en déployant des stratégies marketing efficaces.
Quels types de métiers permettent de développer ces capacités ? Et comment sont-ils organisés au sein des entreprises ?
Les métiers de la connaissance stimulent la performance : leçons clés
1/ Une catégorie d’emplois vaste et en forte croissance
Longtemps sous-estimée dans la littérature économique, une catégorie de métiers prend une importance croissante : les métiers de la connaissance.
Dans les entreprises manufacturières françaises, ils représentent environ 18 % du volume total d’heures travaillées et 25 % de la masse salariale. Dans les plus grandes entreprises, ils peuvent représenter jusqu’à 30 % des effectifs.
Leur part a augmenté à mesure que les emplois de production, souvent externalisés ou automatisés, diminuaient, tandis que les fonctions managériales restaient relativement stables.
2/ Transformer l’information en avantage concurrentiel
Les « métiers de la connaissance » ne constituent ni un simple nouveau nom pour les managers ou les ingénieurs, ni une catégorie limitée aux équipes de R&D.
Le terme désigne des salariés spécialisés dans des activités de production et d’exploitation de connaissances, couvrant un large éventail de fonctions : marketing, services juridiques, achats, IT, conseil ou encore services “business-to-business".
3/ Une logique organisationnelle spécifique
Les métiers de la connaissance sont généralement concentrés géographiquement au sein des entreprises et ne sont pas directement intégrés aux équipes managériales ou de production.
Ils ne semblent pas non plus suivre une logique hiérarchique pyramidale classique. Ils fonctionnent davantage comme un écosystème transversal au sein de l’organisation.
4/ Les métiers de la connaissance améliorent les performances
Une étude portant sur la part des métiers de la connaissance — tout en contrôlant l’effet d’autres variables — montre que les entreprises employant davantage de travailleurs de la connaissance obtiennent de meilleurs résultats.
Elles produisent des biens de meilleure qualité, plus complexes et plus diversifiés, tout en répondant plus efficacement aux variations de la demande du marché.
5/ L’essor des métiers de la connaissance transforme les dynamiques de marché
Parce que les connaissances spécialisées — par exemple en marketing ou en matière juridique — sont difficiles à reproduire et représentent des coûts opérationnels significatifs, elles peuvent créer des barrières à l’entrée et renforcer la position des acteurs dominants.
6/ La valeur réside désormais dans les actifs immatériels
Ces résultats s’inscrivent dans la logique des « entreprises sans usine » (« factoryless firms »), qui externalisent la production pour se concentrer sur des activités intensives en connaissance.
La valeur ne réside plus principalement dans la capacité à produire efficacement des biens, mais dans l’aptitude à les concevoir, les positionner, les différencier et les adapter aux marchés.
Recommandation
Les métiers de la connaissance, en tant que fonctions hautement qualifiées, représentent souvent une part importante de la masse salariale. Pourtant, ils doivent être considérés comme une capacité stratégique.
Les entreprises ont intérêt à investir dans ces fonctions, à mieux les organiser et à les déployer afin de renforcer leur capacité d’innovation, leur différenciation et leur compétitivité de long terme.
Les grandes entreprises ont déjà engagé cette transformation
De nombreuses entreprises ont déjà amorcé ce basculement en s’éloignant de modèles centrés sur la production pour investir massivement dans les métiers de la connaissance.
Cette évolution apparaît clairement dans plusieurs cas d’entreprise étudiés dans les écoles de commerce, notamment chez Adidas, General Electric, Newell Rubbermaid ou Tetra Pak.
En renforçant leurs capacités en data science, marketing, design ou ventes, ces organisations ont pu améliorer la qualité de leurs produits, accroître leur complexité et, in fine, améliorer leurs performances financières.
Conclusion
L’avantage concurrentiel dépend désormais de manière décisive de la capacité des entreprises à mobiliser des connaissances spécialisées dans de multiples fonctions afin d’innover et de se différencier.
À propos des auteurs
Tomasz K. Michalski et Eric Mengus sont tous deux professeurs associés d’économie à HEC Paris. Leurs travaux s’appuient sur une étude empirique fondée sur des données détaillées issues d’un échantillon d’entreprises manufacturières françaises.
Eric Mengus enseigne la macroéconomie pour les entreprises en Licence 3 (en français seulement) ; la macroéconomie des grandes dettes publiques dans le Master in Economics & Finance, ainsi que l’économie internationale dans le Master in Economics avec l’ENSAE et l’X.
Tomasz Michalski enseigne l’économie des taux de change ainsi que la mondialisation et les marchés financiers dans le Master in Economics & Finance ; l’analyse macroéconomique et le risque pays dans l’Executive Master in Finance, ainsi que les cycles économiques, les marchés d’actifs et la politique économique dans l’Executive MBA.
Sources
“Knowledge jobs help firms to influence demand,” Eric Mengus, Tomasz K. Michalski, 2026, April 6, CEPR.