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geopolitics and students

©2026 Olivia Lopez- HEC Paris. Artwork operated by Midjourney

La Chine redessine l’économie mondiale

Deux recherches d’étudiants de HEC Paris montrent comment les entreprises occidentales et le commerce mondial s’adaptent à une relation plus fragmentée avec la Chine. 

5 minutes
L’essentiel
  • Les entreprises occidentales peuvent encore réussir en Chine grâce à une forte adaptation locale. 
  • Le découplage entre les États-Unis et la Chine reste partiel et varie selon les secteurs. 
  • Le commerce mondial devient plus régionalisé et diversifié plutôt que totalement séparé. 

Deux récents essais de recherche réalisés par des étudiants en école de commerce examinent l’évolution des relations entre les économies occidentales et la Chine sous deux angles complémentaires : l’un à l’échelle de la stratégie des multinationales, l’autre à l’échelle des dynamiques du commerce mondial. Ensemble, ils offrent une vision nuancée d’une relation économique en pleine transformation. 

Stratégie de la "double circulation"

L’étude d’Adrien Zantman aborde une question concrète pour de nombreux dirigeants : les multinationales occidentales peuvent-elles encore réussir en Chine continentale ? En s’appuyant sur des données macroéconomiques, des analyses de politiques publiques, des entretiens et des études de cas, son travail met en évidence un déplacement du rapport de force. « Les entreprises occidentales ne sont pas expulsées, mais elles perdent clairement du terrain », écrit-il. Au cours de la dernière décennie, la part de marché des entreprises étrangères a reculé tandis que les concurrents locaux se sont renforcés, soutenus par des politiques favorisant de plus en plus les acteurs nationaux. 

Au cœur de cette transformation figure la stratégie chinoise de « double circulation », qui privilégie la demande intérieure et l’autosuffisance technologique tout en maintenant une ouverture sélective aux entreprises étrangères. Cette stratégie n’exclut pas directement les groupes occidentaux, mais elle renforce les conditions d’accès au marché. Selon Zantman, des secteurs comme les technologies vertes, la santé et les services aux consommateurs continuent d’offrir des opportunités, en particulier pour les entreprises capables de s’aligner sur les priorités nationales et d’adapter leurs modèles opérationnels. 

Les tensions géopolitiques compliquent encore cet environnement. Les différends commerciaux, les changements réglementaires et les restrictions technologiques, notamment entre les États-Unis et la Chine, ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et accru l’incertitude. Ces évolutions ont des conséquences concrètes sur les décisions des entreprises, qui réévaluent leur exposition au risque, leurs stratégies d’approvisionnement et leurs engagements à long terme sur le marché chinois. 

Pour autant, la recherche ne soutient pas l’idée d’un retrait massif des entreprises occidentales. Zantman cite plusieurs groupes qui continuent de bien performer en Chine, notamment Tesla et L’Oréal. Leur réussite repose, selon lui, sur plusieurs pratiques identifiables : l’alignement avec les priorités gouvernementales, l’investissement dans la recherche et développement locale, l’adaptation des produits aux préférences des consommateurs chinois et de solides capacités numériques. « Faire des affaires en Chine aujourd’hui demande plus que de l’ambition. Cela exige une véritable capacité d’adaptation », conclut-il. 

Les États-Unis et la Chine se découplent-ils ? 

Alors que Zantman se concentre sur l’adaptation des entreprises, la recherche de Thomas Nobileau examine une question macroéconomique plus large : les États-Unis et la Chine sont-ils réellement en train de se « découpler » ? Son analyse part d’un constat simple : malgré les discours politiques, les échanges commerciaux entre les deux pays restent importants, même après plusieurs années de droits de douane et de restrictions. 

Cependant, les chiffres globaux masquent des transformations structurelles importantes. Nobileau montre que le découplage reste concentré dans certains secteurs. Les importations américaines de produits électroniques et informatiques chinois, longtemps au cœur du commerce bilatéral, ont fortement diminué, tandis que d’autres secteurs sont restés stables ou ont continué de croître. 

Fragmentation des échanges commerciaux 

Parallèlement, les deux pays diversifient leurs relations commerciales. Les États-Unis renforcent leurs liens avec des partenaires comme le Mexique, le Canada et l’Union européenne, tandis que la Chine développe ses échanges avec les pays de l’ASEAN, notamment le Vietnam, la Malaisie et l’Indonésie. Cette évolution traduit davantage une redistribution des liens économiques qu’une rupture nette. 

Nobileau ne trouve par ailleurs aucune preuve qu’un nouvel axe unique d’intégration économique remplace la relation sino-américaine. Les échanges mondiaux deviennent au contraire plus fragmentés. Les chaînes d’approvisionnement se régionalisent et dépendent moins d’un seul pays. « Nous n’assistons pas à la fin de la mondialisation, mais à son évolution », écrit-il. 

Cette évolution apporte à la fois davantage de résilience et davantage de complexité. La diversification peut réduire la vulnérabilité à des chocs concentrés dans une seule région, tout en augmentant le nombre de relations économiques que les entreprises et les gouvernements doivent gérer. Pour Nobileau, le principal enseignement est analytique : « Le découplage est réel, mais il reste désordonné. Il ne s’agit pas d’un retour à l’isolement, mais d’une reconfiguration des interdépendances. » 

Pris ensemble, les deux travaux convergent vers une conclusion similaire. Aucun ne soutient l’idée d’une séparation économique complète entre la Chine et l’Occident. Les deux décrivent plutôt un système en transition. À l’échelle des entreprises, cette transition se traduit par des conditions plus exigeantes pour opérer en Chine, nécessitant davantage de localisation et d’alignement stratégique. À l’échelle mondiale, elle apparaît sous la forme d’une reconfiguration des flux commerciaux et d’une diversification croissante. 

Dans les deux cas, l’accent est mis sur le changement plutôt que sur la rupture. Zantman montre que les entreprises occidentales peuvent encore réussir en Chine, à condition de s’adapter à un environnement plus sélectif et concurrentiel. Nobileau démontre que les liens économiques entre les États-Unis et la Chine restent importants, même si leur structure évolue. Ensemble, leurs recherches suggèrent que la période actuelle correspond moins à un désengagement qu’à une réorganisation des marchés, des chaînes d’approvisionnement et des stratégies des entreprises. 

Les auteurs 

Adrien Zantman est diplômé de HEC Paris et du CEMS Master in International Management, avec une spécialisation en stratégie d’entreprise et géoéconomie. Il a mené une partie de ses recherches à l’université Tsinghua, à Pékin, en examinant la manière dont les entreprises occidentales relèvent les défis liés à leurs activités en Chine dans le contexte des tensions économiques entre les États-Unis et la Chine.

Thomas Nobileau est diplômé de HEC Paris en 2026, titulaire d’un master en Economics & Finance. Il travaille actuellement comme consultant chez Capgemini Invent au sein de la practice Strategy & Transformation.

 

 

Daniel Brown
L’auteur
Daniel Brown
Responsable de communication de la Recherche HEC

Daniel Brown dirige la communication de la recherche à HEC Paris, où il transforme des travaux complexes en récits qui éclairent nos sociétés et les questions que les taraudent. Ancien Grand Reporter primé à Radio France Internationale, il a passé plus de quatre décennies à raconter le monde.

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