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MH - KN - Ecofin - Climate Resilience and Global South - 0426

© HEC Paris - Olivia Lopez - Illustration generated by Midjourney

Les pays du Sud montrent la voie en matière d’adaptation au changement climatique

Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes, les pays du Sud innovent en matière d’adaptation. Leurs solutions alimentent un marché de la résilience en plein essor et inspirent désormais les pays du Nord.

4 minutes

Alors que 2026 s’ouvre sur des vagues de chaleur record en Europe du Sud et un stress hydrique croissant en Afrique du Nord, un constat s’impose : la résilience climatique est désormais un impératif économique et sécuritaire.

Pourtant, un paradoxe émerge. Tandis que les déficits d’adaptation se creusent dans le Nord global, certaines des solutions les plus efficaces proviennent du Sud global. Ce à quoi nous assistons dépasse la seule crise climatique : c’est un renversement des flux d’innovation.

De Nairobi à Valence, les événements extrêmes révèlent les limites des systèmes actuels. Si l’attention reste largement concentrée sur l’atténuation, la véritable frontière se situe désormais du côté de l’adaptation. Comme le montre Fernando J. Díaz López, directeur exécutif pour le climat au centre S&O d'HEC Paris et auteur principal du septième rapport d’évaluation du GIEC, le Sud global ne se contente pas de subir les risques climatiques : il est en train de porter, souvent discrètement, une vague d’innovations capable de transformer la résilience à l’échelle mondiale.

Cette « transition vers la résilience climatique » marque un tournant : ces solutions ne sont plus seulement des biens publics, mais des modèles économiques scalables à fort potentiel global. Pour les déployer, il faudra mobiliser des investissements, encourager les transferts technologiques inversés et mettre en place des politiques publiques adaptées.

L’essentiel
  • Moins de 5 % des financements climatiques mondiaux sont consacrés à l’adaptation — alors même que ces investissements génèrent un retour socio-économique jusqu’à 10 fois supérieur.
  • Des entreprises du Sud global comme Ushahidi (Kenya) ou Cropin (Inde) exportent désormais leurs technologies de résilience vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
  • Le marché privé de l’adaptation climatique pourrait atteindre 1 400 milliards de dollars par an d’ici 2030, mais reste largement sous-développé.
  • Les institutions de développement doivent passer d’une logique de projet à une approche d’écosystèmes de résilience.

Résilience climatique : un impératif économique et moral

La crise climatique n’est plus une projection future. À chaque inondation, vague de chaleur ou incendie, les sociétés sont confrontées à une réalité de plus en plus instable. Pourtant, moins de 5 % des financements climatiques mondiaux sont alloués à l’adaptation. Ce déséquilibre n’est pas seulement politique : c’est une opportunité d’investissement manquée.

Les études montrent que des mesures comme les systèmes d’alerte précoce ou les infrastructures résilientes offrent un retour pouvant atteindre dix fois l’investissement initial en bénéfices socio-économiques nets.

L’adaptation devient donc un actif investissable. Mais capter cette opportunité suppose de dépasser les portefeuilles centrés sur l’atténuation. Un marché dynamique de la résilience climatique est en train d’émerger — en particulier dans le Sud global.

On observe un nombre croissant d'innovations en matière de résilience climatique issues des pays du Sud qui sont exportées avec succès vers les pays du Nord.
Fernando J. Díaz López

Le Sud global, nouveau moteur d’innovation

En Afrique, en Asie et en Amérique latine, startups et entrepreneurs développent des solutions à fort potentiel. Au Kenya, la plateforme numérique Ushahidi mobilise des données en temps réel pour améliorer la réponse aux catastrophes. En Inde, Cropin utilise l’intelligence artificielle pour soutenir l’agriculture régénérative. Au Mexique, Gravalock conçoit des surfaces perméables capables de limiter les inondations urbaines.

Ces innovations ne relèvent plus de l’expérimentation. Elles ont été déployées lors d’événements climatiques extrêmes en Europe et en Amérique du Nord, et gagnent en crédibilité auprès des bailleurs multilatéraux, des gouvernements et des investisseurs privés. En 2023, les startups d’adaptation du Sud global ont levé près de 30 milliards de dollars.
 

Quand l’innovation inversée sauve des vies au Nord

Les inondations de 2024 à Nairobi ont causé près de 300 morts — un bilan qui aurait pu être bien plus lourd sans des systèmes de réponse rapide et des solutions fondées sur la nature conçus localement. Quelques mois plus tard, les crues soudaines liées à l’épisode de « DANA » à Valence ont provoqué des pertes économiques encore plus importantes, sans disposer d’outils comparables de mobilisation citoyenne et de données en temps réel.

Ironiquement, les technologies satellitaires et de capteurs utilisées à Nairobi avaient initialement été financées par des institutions européennes. Couplées à la plateforme Ushahidi, elles ont permis une cartographie en temps réel et une réponse rapide. C’est un exemple concret d’innovation inversée.

Pour les investisseurs, cela marque un tournant : les chaînes de valeur de l’adaptation deviennent bidirectionnelles. Le Sud global n’est plus seulement un bénéficiaire — il devient une source d’innovation.

Des programmes d'innovation climatique émergent pour identifier les innovateurs du Sud, renforcer les écosystèmes locaux et lever les obstacles à la mise à l'échelle.
Fernando J. Díaz López

Révéler le potentiel économique de l’adaptation

L’adaptation climatique devient de plus en plus mesurable. Les estimations récentes indiquent que la demande mondiale en solutions de résilience — dans l’agriculture, l’eau, les infrastructures ou les villes — pourrait dépasser 1 400 milliards de dollars par an d’ici 2030.

Les acteurs privés commencent à s’y intéresser. Des institutions financières de développement comme Proparco ou la Banque interaméricaine de développement expérimentent des mécanismes fondés sur la performance et des prêts liés à la durabilité. Les fonds de capital-risque investissent progressivement ce champ.

Mais de larges segments restent invisibles pour les marchés financiers, en raison de lacunes de données, de difficultés d’évaluation et d’incertitudes réglementaires.

Pour y remédier, investisseurs et institutions doivent co-construire des marchés crédibles : soutien aux intermédiaires, création d’indicateurs communs, développement de modèles « pay-for-impact ».

Construire des écosystèmes, pas seulement des projets

Déployer à grande échelle la résilience climatique suppose de dépasser une logique de projets isolés. Il faut investir dans des écosystèmes complets : accélérateurs, incubateurs, plateformes d’expérimentation, dispositifs d’achat public.

Des initiatives comme l’Adaptation Fund Climate Innovation Accelerator du PNUD ou le programme HEC Paris Challenge+ Africa ouvrent la voie. À Dakar ou Abidjan, des projets comme Jokalante ou Limawa combinent innovation entrepreneuriale et objectifs de résilience locale.

Pour les institutions financières de développement et les investisseurs institutionnels, le message est clair : financer uniquement des succès isolés ne suffit plus. Il faut renforcer les infrastructures et les écosystèmes d’innovation.

Challenge + Paris - Carte

Ce programme soutient les porteurs de projets innovants à fort potentiel de croissance

HEC Challenge+

Renforcer le rôle des institutions de développement dans la résilience climatique

Pour mobiliser pleinement le secteur privé, une approche systémique des hubs de résilience dans le Sud global est nécessaire :

  1. Investir dans les écosystèmes : infrastructures partagées, testbeds, sandboxes, avec une approche multi-acteurs dès le départ.
  2. Renforcer les mécanismes de financement (y compris non dilutifs) et les dispositifs de réduction du risque.
  3. Identifier et accompagner les innovateurs, tout en soutenant les organisations intermédiaires.
  4. Développer les compétences, l’expérimentation et les programmes de mentorat.
  5. Créer des marchés via la commande publique et l’accès aux réseaux internationaux.
  6. Intégrer l’innovation inversée dans les stratégies de transfert technologique et de développement.
  7. Généraliser les mesures d’impact (climat, environnement, social, genre).
     
Climate Resilience Innovation Hubs Cycle

L’adaptation ne peut plus attendre

Dans un monde marqué par la multiplication des chocs climatiques, des contraintes budgétaires et des inégalités croissantes, la question n’est plus de savoir si nous pouvons investir dans la résilience, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire.

Les solutions existent. Les marchés émergent. L’innovation est déjà à l’œuvre — souvent là où nous regardons le moins.

Ce qui manque désormais, c’est le courage politique et financier pour passer à l’échelle. Car une leçon s’impose : la résilience construite quelque part renforce la stabilité partout.

Le véritable risque aujourd’hui n’est pas d’aller trop vite — mais d’agir trop tard.

Sources

  1. Trabacchi, C. DFIs’ key role in climate-change resilience | AFD - Proparco. Private Sector & Development#43, 2025
  2. UNEP, Adaptation Gap Report 2024: Come hell and high water — As fires and floods hit the poor hardest, it is time for the world to step up adaptation actions. . 2024, United Nations Environment Programme: Nairobi.
  3. Watkiss, P. and K. England, Adaptation finance and the  private sector: opportunities and challenges for developing countries. 2025, Zurich Climate Resilience Alliance.: London. p. 72
  4. Brandon, C., et al., Strengthening the investment case for climate adaptation: A triple dividend approach., in WRI Working Paper. 2025, World Resources Institute: Washington.
  5. Lacambra, C., et al., Private Markets for Climate Resilience: Global Report. 2020.
  6. Collins, L., The Unavoidable Opportunity: Investing in the Growing Market for Climate Resilience Solutions, in Discussion Paper. 2024, Global Adaptation & Resilience Investment Working Group: New York. p. 25.
Fernando Diaz Lopez
L’auteur
Fernando Diaz Lopez
Directeur exécutif, S&O Climate and Earth Center - HEC Paris | GIEC

Fernando est l'un des auteurs principaux du septième rapport d'évaluation du GIEC — Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Groupe de travail III).

Il est directeur exécutif du S&O Climate & Earth Center de HEC Paris (France) et professeur associé extraordinaire en systèmes de...

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